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20/10/2013

(Vidéo) Hommage à El Fundi, invité d'honneur des 31è journées taurines de Béziers : Entretien campero Partie 1/2

DSC_0388.JPGClick sur Photo pour voir album...

Après s’être excusé pour avoir annuler la veille notre RDV en ce mois de février dans ses arènes de Mostoles –une banlieue sans charme de Madrid- où il s’entraîne tous les matins après sa séance de natation, El Fundi nous donne rendez-vous pour un tentadero dans un nouvel élevage en Extremadura. Face à trois vaches de Vicente Ruiz, le torero de Fuenlabrada montrera tout son sens de la lidia et sa classe avant de commencer sa tournée d’adieu. Pendant l’apéritif du traditionnel repas de fin de tienta, il nous accordera un long entretien. Toujours souriant, passionné et convaincant. José Prados séduira tous les convives pendant les trois heures d’agapes par sa gentillesse, sa modestie et sa connaissance des toros.


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Tentadero chez Vicente RUIZ

Dernier héritier de cette dynastie de toreros qui ont réalisé leur carrière en toréant avec classe les toros les plus craints sur la planète taurine, El Fundi a décidé de mettre un point final à son parcours après vingt-cinq ans d’alternative. Digne successeur des grands toreros de Miura, Victorino ou Cuadri qu’étaient Damaso Gonzalez, Ruiz Miguel, Victor Mendes, Juan Antonio et Tomas Campuzano, il a connu un carrière sur courant alternatif où il a alterné les périodes de plénitudes et celle de doutes dont il reviendra plus fort.

Un grave accident de cheval en 2008 dans l’élevage familial d’Escolar Gil, l’a empêché de s’imposer dans les cartels de figuras alors qu’il touchait enfin les fruits d’une vie d’efforts devant les toros les plus redoutables. Homme mature, il a pris le temps de mûrir cette décision de mettre un terme à sa carrière.

Doté de la modestie des plus grands et d’un regard lucide sur son parcours, ses trois décennies dans le toreo ont affirmé ses convictions. Un brin syndicaliste –s’il ne fait pas partie du G10, il est membre de la « Union des toreros » - il n’hésite pas à allumer les empresas devant leur volonté de réduire les honoraires des toreros et refuse de jouer les toreros discount pour multiplier les contrats. Ce serait renier le statut conquis après tous les efforts consentis pendant ce quart de siècle dans les ruedos.

Rencontre avec El Fundi à l'aube de sa dernière temporada...

Comment est venue la passion pour la tauromachie ?

Gamin, j’ai suivi la carrière de mon frère qui était à l’époque novillero et qui est devenu banderillero par la suite. Lors de ses entraînements, on jouait « au toro » avec le carreton dans les arènes. Ensuite, lors d’une becerada pour les gamins à Fuenlabrada, j’ai réalisé deux capotazos et j’avais le sentiment d’être matador de toros ! Plus tard, j’ai intégré l’école taurine de Madrid. 

La légende dit qu’à vos débuts, vous avez parfois refusé de rentrer dans l’arène devant du bétail trop grand et astifino…

J’ai été sélectionné parmi les élèves de l’école de Madrid pour participer à un cycle de promotion dans les villages avec Joselito et José Luis Bote. On multipliait les tentaderos et les becerradas. Un jour est sorti une vache très grande qui m’a impressionné et je n’ai pas voulu rentrer dans le ruedo. Enrique Martin Arranz, le Directeur de l’Ecole, disait qu’on ne pouvait pas devenir torero en ayant aussi peur d’une vache. Je suis revenu à l’école la semaine suivante et il est sorti un novillo très impressionnant. Martin Arranz a demandé qui voulait le toréer. Immédiatement, j’ai levé la main à la stupéfaction de mon professeur. Je voulais me prouver,  mais surtout prouver à mes companeros que moi aussi je pouvais devenir torero. Il fallait que je me débarrasse au plus vite de cette épine.

Quel souvenir gardez-vous de cette période de novillero ?

Ce sont des souvenirs fantastiques, inoubliables. Quand tu as une douzaine d’années et que tu vis dans une finca avec deux copains comme Joselito et José Luis Bote… Tu partages les mêmes rêves de devenir figura, les mêmes difficultés. C’est vraiment une expérience unique, enrichissante et indélébile.

 

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Tertulia campera à l'issue de la 1ère vache de Vicente Ruiz avec Santi Fernandez Hernandez, gendre du ganadero, ancien novillero, lui aussi, issu de l'école taurine de Madrid et "administrador' de la Fondation El Juli.

Comment passe t’on du statut de novillero vedette de Madrid à torero spécialiste des corridas dures…

Ce sont les circonstances de la vie. Après des débuts sans picadors prometteurs et une première temporada de qualité en piqué, le passage dans les grandes arènes comme Madrid, Valencia ou Bilbao n’a pas été convaincant. Je ne le « voyais pas clair » en me rendant compte des difficultés de la profession dans une période de transition où vous passez de l’enfance à l’âge adulte. J’ai pris peur et j’ai préféré me retirer pendant deux ans.  

Pourquoi être revenu dans les ruedos après cet échec ?

La seule chose que je savais faire, c’était toréer. En plus, je voyais que Joselito commençait à triompher dans les grandes ferias comme matador de toros. Cela m’a motivé. Je me suis dit, si mon companero parvient à ce niveau là, je peux également le faire. Je suis reparti de rien et j’ai pris directement l’alternative avec pour seule préparation une novillada sans picador et un Festival. Et là, tu rentres dans un cycle infernal où tu torées peu, dans des villages, des corridas très grandes et sans catégorie. Ca a duré deux ou trois ans. La clé de la réussite dans le toreo est l’aficion, la volonté de toujours avancer face aux difficultés. Mon chemin m’a conduit vers les corridas dures comme Miura, Victorino ou Cuadri. 

La première grande arène qui vous accordera sa confiance sera Arles ?

En effet, ils m’ont mis au cartel devant une corrida de Yonnet difficile en fin de temporada où je coupe une oreille. Pour la Feria de Pâques suivante, Arles me répète face au Miura et là je triomphe en coupant trois oreilles. Certes ce triomphe m’a donné l’image d’un torero spécialisé dans les corridas dures, mais il m’a surtout offert la chance de pouvoir toréer dans toutes les ferias françaises. 

Les toreros des corridas dures ne sont ils pas frustrés du peu de reconnaissance du public ?

Totalement. Les journalistes disent souvent après les triomphes que nous avons eu beaucoup de mérite. Mais je suis convaincu qu’à aucun moment, ils nous accordent réellement un retentissement à la hauteur de l’effort qui a été réalisé. Malgré les triomphes répétés temporada après temporada, les toreros qui brillent et sont réguliers dans les corridas dures, restent sous-évalués par rapport aux autres figuras.

 

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Quand vous avez débuté votre carrière, il existait de nombreux grands toreros spécialisés dans les corridas dures (Ruiz Miguel, Gonzalez, Mendes, Nimeno II, les Campuzano…), cette race de maestro semble disparaître…

Il existe encore des toreros capables pour ce style de corrida. Par contre, il est vrai que les toreros que vous évoquez avaient une force et un prestige qui donnaient envie au public de venir les voir affronter ce type de toro. Aujourd’hui, il y a moins de densité, peut-être deux ou trois maestros, et leur poids s’est réduit. Mais, je pense que les principaux responsables sont les empresas qui préfèrent changer régulièrement les toreros dans les corridas dures pourvu que leur prix ne soit pas trop élevé. En plus, les toreros qui réussissent dans les dures veulent souvent changer de sitio et aller vers les cartels de figuras. 

L’accident de cheval au campo en 2008 a marqué un coup d’arrêt dans votre carrière alors que vous pouviez enfin intégrer les corridas de figuras ?

Je parvenais enfin à réaliser l’objectif de ma carrière. Trouver un bon équilibre dans ma temporada entre les corridas dures où on gagne peu d’argent, et les cartels plus agréables avec des figuras installées, où on perçoit des honoraires plus généreux. Malheureusement est arrivée cette grave chute de cheval qui a brisé mon élan. La blessure la plus dure de ma carrière. A mon retour, j’ai subi deux cornadas et un nouveau traumatisme sur la tête à San Sebastian. 

Ce retour n’était-il pas précipité ?

Evidemment. Mais à l’époque, je pensais être préparé et je ne voulais pas perdre ce que j’avais mis tant de temps à gagner. Toute une carrière… J’imaginais que l’accident cérébral était une blessure comme les précédentes. Mais, j’ai eu la moitié du corps paralysé. Avec la préparation physique, avec l’envie et le mental, je pensais que ce serait possible. Mais en réalité, je ne pouvais pas car j’étais marqué psychologiquement. La temporada a été très dure mais j’ai réussi à passer au dessus des difficultés et à assumer. La pire temporada a été la suivante. J’étais au plus bas, je me sentais mal à l’aise devant le toro. J’ai subi les répercussions des difficultés rencontrées la saison précédente. Je ne pouvais pas, tout simplement. 

DSC_0165.JPGPourquoi décider de prendre votre retraite en 2012 alors que vous avez retrouvé un bon niveau la saison passée ?

C’est vrai que la saison a été courte mais je me suis senti de nouveau a gusto devant les toros. J’ai senti que la Presse et les empresas ne répondaient pas forcément suite à mes performances et me laissaient à la marge. Les années passent, j’ai 25 ans d’alternative, il y a beaucoup d’échanges de toreros entre les empresas… Après réflexion, cela m’a semble le bon moment pour me retirer.

 Ne pensez-vous pas que le conflit entre certaines figuras et le G10 peut favoriser des toreros comme vous dans une période où les corridas de « toros toros » semblent connaître un regain d’intérêt ?

Franchement je l’ai pensé un court moment car il y aura cette année plus de corrida dure en France et en Espagne. Mais pour ce type de toro, il y a beaucoup de toreros. Peu sont capables et sont des figuras avec le poids nécessaire face à ces toros. Mais la majorité sont peu payés. Et je ne suis pas un torero pas cher. Cela ne me dérange pas de tuer des Miura ou des Cuadri mais je ne le ferai pas pour le convenio (minimum syndical) et l’empresa. Ce type d’effort doit-être récompensé à sa juste valeur. 

Les toreros ne doivent-ils pas participer à l’effort dans ces temps de crise ?

Je suis très inquiet car il est clair que la crise est présente et que les prix du marché sont tirés à la baisse. Certaines arènes sont plus touchées par la crise que d’autres mais toutes veulent appliquer les baisses de prix. Je suis d’accord pour discuter s’il y a une demi-arène car la situation le justifie. Mais pourquoi revoir le cachet des toreros à la baisse dans les arènes où l’affluence ne baisse pas ? La Presse stigmatise toujours le comportement des toreros mais personne ne critique jamais les télés, les arènes voire certains journalistes qui veulent toujours gagner plus d’argent. A Madrid, l’empresa fait des bénéfices, les prix des places vont augmenter en 2012, l’adjudication coûtera 3M€ de moins. Pourquoi les toreros devraient baisser leurs honoraires ? 

Vous devez donc soutenir les toreros en conflit avec la Télévision ?

Je suis membre de l’Union des Toreros mais je ne fais partie ni du G10, ni des toreros d’ « All Star Media ». Je suis convaincu qu’il faut renégocier la manne issue des droits télés.  Chiffre à la clé, les toreros sont ceux qui récupèrent la plus faible partie de l’argent versé par la télé. C’est impensable car nous sommes quand même les  principaux acteurs de ce spectacle ! A titre d’exemple, pour la Feria de Madrid, les cuadrillas reçoivent 21% des droits télés et les toreros seulement 19%. Imaginez ce que conservent les empresas… On ne peut plus continuer ainsi. Ceux qui génèrent les revenus sont ceux qui touchent le moins. Ce sont les matadors de toros qui donnent envie aux spectateurs d’acheter leur abonnement à Canal +. Nous ne demandons pas plus d’argent aux télés. Les matadors de toros exigent légitimement une répartition différente de cet argent apporté par les télés.

 

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08:31 Publié dans Entretiens | Commentaires (0) |  Facebook | |

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