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26/01/2013

Entretien avec José Luis Algora, ganadero de Partido de Resina

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroCliquer sur photo pour visualiser album complet de Partido de Resina

Miraculé après avoir reçu une cornada à la fémorale dans la ganaderia d’El Serrano en 2006, José Luis Algora aurait pu perdre la vie sans une intervention rapide des secours qu’ils l’ont héliporté jusqu’à l’Hôpital « Vierge del Rocio » de Séville.

Ce n’est pas la présence du Rocio à quelques kilomètres de sa finca, qui réduira sa passion et son optimisme pour l’avenir de ses Partido de Resina.

Rencontre avec un vétérinaire de talent et un ganadero doté d’une élégance rare…


entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroJosé Luis, pouvez-vous nous éclairé sur les encastes qui composent le toro de Partido de Resina ?

La ganaderia est composée de quatre sangs d’origine. La caste Gallardo et Cabrera est majoritaire, mais nous avons également une pointe de Jijon et de Vazquena. Elle a été crée en 1885 par Felipe de Pablo y Romero qui avait acheté la ganaderia à Carlos Conradi Galin. Ce dernier avait conservé très peu de temps l’élevage racheté à Rafael Laffite qui avait réalisé ce mélange de sang. L’élevage est demeuré dans la famille Pablo Romero pendant quatre générations. Puis en 1997, ils ont décidé de vendre la ganaderia suite aux difficultés économiques à la société Partido de Resina.

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroPourquoi avoir racheté cet élevage ?

Nous avons crée cette société spécialement pour racheter cet élevage à Jaime Pablo Romero. Les associés qui la composent sont des investisseurs qui sont tous aficionados. Comme je suis un vétérinaire qui travaille dans différents élevages en Espagne, les actionnaires ont décidé de me nommer directeur technique et représentant de la ganaderia.

 

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroPouvez-vous nous décrire la finca et le nombre de têtes qui la compose ?

Cette finca de Partido de Resina s’étend sur 350 hectares. Nous sommes sur un territoire de Marisma avec une herbe excellente et abondante. Un lieu de qualité pour élever des toros de combat. Suite aux problèmes de brucellose , nous avons du éliminer autour de 70 vaches au milieu des années 2000. La ganaderia est maintenant composée d’environ 400 têtes dont 120 vaches de ventre.

 

Avec un encaste aussi ancien et unique, comment pouvez-vous lutter face aux problèmes de consanguinité ?

C’est évident que c’est un souci important pour un élevage qui vient de fêter ses 125 ans d’ancienneté. Nous avons mené des analyses ADN et génétiques. Avec l’aide d’un logiciel informatique, nous composons des lots de sorte que chaque semental est mis sur des vaches le plus éloignées possibles au niveau génétique afin d’ouvrir de nouvelles lignes généalogiques. 

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroAprès des années de difficultés, 2010 a marqué le retour des Partido de Resina…

Nous avions lors de cette temporada deux corridas et deux novilladas. Nous avons lidié un lot à Madrid en avant-Feria qui est sorti très bon et qui a remporté plusieurs prix de triomphateurs de meilleure corrida de la temporada à Las Ventas. Cette corrida a eu beaucoup d’impact pour sa bravoure et son comportement à la pique. Ca été une corrida complète qui humiliait, qui avait du moteur et qui permettait aux toreros de couper des oreilles.

 

Le reste de cette temporada 2010 a également été satisfaisant ?

Plusieurs toros lidiés lors de la Feria du Pilar m’ont également apporté satisfaction. Nous avons aussi remporté les prix lors des corridas concours de Zaragoza et Huesca. Vraiment une très bonne temporada pour Partido de Resina qui nous a permis de figurer à la Feria de la San Isidro l’an dernier. 

La ganaderia a connu une longue période de difficulté. Comment avez-vous réussi à surmonter tous ces problèmes pour retrouver votre prestige ?

Autour de 2005, nous avions connu de gros problèmes de chute et de manque de force. Cette faiblesse de nos toros était liée à un mauvais dosage dans la machine à pienso que nous avions achetée. Et a des familles entières de vaches que nous avons décidé d’éliminer. Mais, nous avons pu progressivement résoudre ces soucis de brucellose, augmenter le nombre de vaches pour avoir une cinquantaine de machos. Ce qui nous permet de pouvoir lidier environ cinq corridas de toros. 

 

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroVous avez connu votre lot de malchances en 2011 ? 

Suite à une vache dont le test à la brucellose s’est révélé positif, nous avons perdu notre carte verte ce qui nous a empêché de lidier les corrida prévues pour Nîmes et le Portugal  et d’envoyer un toro pour la concours de Vic-Fezensac. Du coup, nous avons gardé deux lots ici à la finca et avons seulement lidié une corrida à Madrid lors de la Feria de la San Isidro.

Vous n’avez pas confirmé votre belle prestation de 2010 à Madrid…

Cette corrida ne m’a pas plu. Je fondais beaucoup d’espoir sur ce lot car nous avions initialement réservé huit toros avec un trapio digne de Madrid dont certains me remplissaient de confiance compte tenu de leurs origines. Mais 2011, fut une année noire où nous avons cumulé les malchances. Nous avons du enlever cinq de ces huit toros avant la course. Un pour un problème de genoux, l’autre pour une corne abîmée. Et dans les corrales, deux toros se sont battus et nous les avons perdu au dernier moment suite à ces cornadas. Ainsi, nous avons lidié une corrida incomplète avec seulement cinq toros. Mes pas avec les toros que j’avais choisi car nous avons complété la corrida dans l’urgence. Et ces toros n’avaient pas la morphologie que je souhaite pour une corrida de Madrid, ni la confiance nécessaire.

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroVos problèmes sanitaires sont-ils maintenant résolus ?

Nous avons à nouveau la carte verte. Nous avons réalisé au cours des derniers mois deux « saneamientos » et ils ont été rassurants. Une seule vache nous a fait perdre le droit de lidier. On l’a abattu et depuis, nous n’avons aucun problème.

 

Comment se compose la camada 2012 ?

Cette année, nous n’avons eu un lot de toros qui soit sorti avec le trapio nécessaire pour se produire à Madrid. Nous avons trois corridas de Partido de Resina qui seront lidées à Valencia et normalement à Algeciras et Nîmes. Plus deux novilladas piquées.

Cela fait une camada réduite. C’est une volonté ?

Nous avons actuellement 120 vaches de ventre et nous avons pour objectif de maintenir ce nombre sans le développer. Il existe actuellement un excèdent important d’offre de toro de combat en Espagne par rapport à la demande. Les prix du marché sont tirés à la baisse. En plus, le prix du pienso ne cesse d’augmenter. Dans le contexte actuel, nous allons poursuivre ainsi avec nos quatre corridas et nos deux novilladas.

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroLa ganaderia de Partido de Resina est-elle redevenue rentable ?

 

Actuellement, éleveur de toros de lidia n’est clairement pas une activité rentable. Sur les 400 élevages d’Espagne, on peut compter sur les doigts d’une main ceux qui gagnent réellement de l’argent. Pour les autres, maintenir une ganaderia coûte de l’argent. Avec une camada aussi réduite que celle de Partido de Resina, cela suppose un effort économique très important des actionnaires. Surtout avec un encaste aussi unique qui génère des problèmes sanitaires. Le seul levier de motivation pour continuer, c’est l’aficion et la volonté de faire perdurer l’histoire de cette caste.

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroN’êtes vous pas déçu de devoir lidier des toros invendus dans la rue ?

Evidemment, quand on est ganadero, on a toujours l’objectif de lidier nos toros dans les arènes. Maintenant, il faut considérer qu’il existe en Espagne une aficion extraordinaire pour le « toro de la calle ». Et pour ces aficionados, Pablo Romero est un de leurs élevages favoris. Au niveau économique, le toro vendu pour la rue est même plus rentable que celui pour les corridas. Son prix est plus élevé. Comme ganadero, je suis fier quand un de mes toros donne du jeu, dure et attaque sans cesse durant son combat dans la rue. Car il faut accorder de la considération à ces milliers d’aficionados pour ce spectacle qui savent valoriser la bravoure d’un toro. En tant que ganadero, je me dois de leur apporter satisfaction.

Trouvez-vous essentiel pour la Fiesta de dépendre maintenant du Ministère de la Culture ?

Pour moi, le problème n’est pas de dépendre du Ministère de la Culture ou de l’Intérieur. L’important ce sont les actes qui seront faits au sein de ce ministère. Il faut, et ce sera difficile, que chaque acteur du monde taurin se mette autour d’une table pour définir où on veut aller et établir une stratégie. Il est impératif d’avoir un objectif commun mais c’est très compliqué car les acteurs ont des intérêts divergents. 

 

Pensez-vous que le conflit entre les figuras et les empresas peuvent favoriser le retour des ganaderias toristes dans les grandes ferias ?

Je pense que le toro est l’essence de la Fiesta et doit prédominer sur les figuras. Actuellement en Espagne, la majorité du public qui choisit ses cartels lors des Ferias privilégie plutôt les toreros au cartel que le type de toro qui sera lidié. Ainsi, comme le facteur toro n’influence pas sur le remplissage de l’arène, les figuras choisissent de combattre des élevages plus faciles. En France, c’est peut-être moins vrai. Mais, nous vivons une période de changement, et j’ai le sentiment que le public est plus attentif à la qualité des toros qui sont lidiés. Je pense que l’aficion veut voir autre chose avec des « toros toros » et du bétail avec un beau trapio. Maintenant, ce sont les empresas qui décideront si le public préfère voir des figuras ou des toros. 

 

Vous devez militer pour obliger des arènes comme Madrid a lidier des encastes rejetés par les toreros ?

Evidemment, car c’est une peine de perdre certaines castes. Des encastes sont en train de disparaître comme on déjà disparu les Maria Luisa Perez de Vargas, les Pedrajas de Guardiola, les Atanasio Fernandez ou les Sanchez Cobaleda. Il faut que les empresas et les toreros fassent l’effort de toréer ces toros différents. Mais Madrid est l’arène où on rencontre le plus de diversité même si c’est souvent durant les corridas estivales. Mais, l’an dernier, Valencia, Sevilla et Castellon n’était quasiment composé que de corridas de Domecq comme l’imposent les figuras.

 

entretien jose luis algora,entretien partido de resina,partido de resina,pablo romeroOn est surpris de trouver des fundas sur les toros de quatre ans chez Partido de Resina…

Les fundas ont beaucoup d’avantages même si elles comportent l’inconvénient de devoir immobiliser deux fois les toros. Pour les mettre et les enlever. Mais les toros sont habitués à être amnenés au cajon car les normes européennes nous imposent de l’y conduire régulièrement. A mon sens, dans l’arène on ne constate pas d’influence négative des fundas et elles ne dérangent pas le toro au campo. Elles ont évidemment l’avantage d’éviter les cornadas. Elles représentent surtout une garantie pour les empresas. D’avoir des corridas complètes et des toros « limpios » car les fundas empêchent les toros de s’abîmer les cornes dans la terre et contre les arbres.

On vous sait très orgueilleux de votre peña Pablo Romero de Nîmes…

C’est une pena ancienne qui est venue en avril dernier célébré son vingtième anniversaire dans cette finca de Partido de Resina. C’est important pour nous d’avoir un groupe d’aficionados en France qui s’intéresse à notre élevage et fasse notre promotion. Ils apportent également tout leur poids pour que nos toros soient présents dans vos arènes.

 

Réalisé par Stéphan GUIN pour TORO MAG en 2012.

 

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