Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

16/08/2013

Page Midi Libre 14/08: Entretien de Sébastien Castella Partie I.

entretien sebastien castella, entrevista sebastian castellaOn ressent chez vous le besoin de vous rapprocher de Béziers après des années de distance…

Béziers a toujours été mon arène et je suis fier de porter les couleurs de ma ville en Espagne et en Amérique du Sud. Si je vis à Séville avec mon épouse qui est colombienne, j’ai toujours été clair. Maintenant, je dois reconnaître qu’en vieillissant, on comprend certaines choses et on ressent le besoin de revenir vers ses racines.

Mais, j’ai toujours dit que j’étais français et biterrois. C’est pourquoi, j’ai voulu invité l’aficion française chez moi. Pour le revendiquer et les remercier de m’avoir soutenu depuis les débuts. Dès que les travaux de ma finca ont été terminés et que je disposais d’un lieu adapté.

J’ai voulu les inviter. J’espère qu’ils y ont pris autant de plaisir que moi car c’était un grand plaisir et une journée importante pour moi.

Certains, et on peut le confirmer, ont dit avoir découvert un nouveau Sébastien Castella

C’est certain que je ressens un épanouissement personnel depuis que je suis mariée avec Patricia et l’arrivée d’Atenea et bientôt une seconde fille. C’est vrai que je suis d’un caractère réservé mais je ne suis pas un ours non plus. Il faut aussi respecter qu’un torero qui arrive dans un patio de cuadrilla pour se jouer la vie, n’ait pas forcément envie de faire des abrazos à tout le monde et plaisanter avec les aficionados.

C’est vrai que rencontrer mon public en dehors d’une corrida a permis de se découvrir mutuellement.


entretien sebastien castella, entrevista sebastian castellaEprouvez-vous un sentiment de vertige quand vous regardez quinze ans en arrière avec cette trajectoire improbable ?

Les souvenirs des capeas et des novilladas sans picador dans les arènes de Béziers sont gravées dans ma mémoire. Dès le début, 2000 ou 3000 spectateurs étaient présents pour me soutenir. C’était extraordinaire.

Avec le temps, les arènes se sont remplies et cet aficion m’a vu grandir et passer de la cour d’école au torero que je suis devenu. J’avais l’ambition de devenir figura du toreo mais il était difficile d’imaginer cette réussite au départ. 

Quels sont vos plus grands souvenirs à Béziers ?

Il y en a tellement. Le 1er est évidemment le mano a mano avec Juan Bautista pour la novillada de 1999. Nous avions fait le quite al alimon (les deux toreros font passer le toro ensemble), posaé les banderilles et on avait ouvert ensemble la grande porte en coupant trois oreilles chacun. 

Vient après une alternative de luxe qui est, à la fois, un aboutissement et une première à Béziers …

 J’avais toujours considéré cette alternative comme un passage dans ma carrière. Mais passer son doctorat avec un tel cartel, avec de grandes figuras comme Enrique Ponce ou José Tomas était un moment incroyable. Quand je regarde le chemin parcouru depuis, cela paraît inimaginable. 

D’autres corridas importantes pendant ses 14 temporadas comme matador de toros ?

Je me rappelle très bien de chaque corrida.  Je citerai la corrida d’El Pilar en 2007 où j’ai coupé cinq oreilles et une queue qui est la plus importante pour moi. Avec deux grandes faenas face au 1er et au dernier toro. En 2005, j’avais également triomphé face aux Victoriano del Rio et reçu un coup de corne à la fesse et la corrida pour mes 10 ans d’alternative m’a beaucoup marqué également.

Il y a également le mano a mano avec Juan Bautista où j’avais triomphé face aux toros de Robert Margé. C’est une date importante et un très beau moment. Car personne n’aurait imaginé dix ans en arrière, que deux français pourraient remplir des arènes comme Béziers devant une ganaderia française.  

entretien sebastien castella, entrevista sebastian castellaAvec votre absence en 2012, votre dernier triomphe remonte à 2011 et il a été épique…

C’est une corrida qui m’a marqué car ce toro de Daniel Ruiz m’a donné deux grosses volteretas et a failli m’attraper une 3ème fois. Mais, au final, je suis parvenu à couper quatre oreilles et ouvrir la grande porte de mes arènes. 

Comment trouve t’on les ressources pour continuer dans ces situations ou quand on continue avec une cornada comme à Madrid en 2012 ? Comme dans le rugby à l’ancienne on pose le cerveau et on ne réfléchit plus ?

Jamais, on est toujours conscient et réfléchi. Mais, le contexte te permet de trouver les ressources pour passer au-dessus. C’est un tout. Le goût pour la compétition te donne la volonté de triompher plus que les autres.

A Béziers en 2010, les deux autres toreros avaient coupé des oreilles, et tu as envie de faire l’effort pour retourner devant le toro, accepter le risque de rentrer dans les terrains nécessaires pour générer de l’émotion.

Quels sont vos mauvais souvenirs à Béziers ?

Le pire, c’est 2004 car j’ai du déclarer forfait sur blessure. Mais la corrida de Nunez del Cuvilla de 2002 a été essentielle pour la suite de ma carrière. Les toros sont sortis très mauvais et compliqués. Je m’en rappelle parfaitement.

Je toréais avec Enrique Ponce et j’avais un costume bleu. C’est une corrida noire où je n’avais pas été à la hauteur. Mais, elle m’a beaucoup servi pour l’avenir car elle m’a remis les pieds sur terre.

C’est choquant si on vous dit qu’on n’a toujours pas vu le meilleur Castella à Béziers ?

Non car je n’ai pas encore connu la corrida dont je rêve dans mes arènes. Une après-midi complète sur les deux toros. Des corridas où tu te sens torero, tu t’es parfaitement relâche et régalé. J’ai pu connaître cette impression à Madrid, Mexico, Nîmes, Bayonne et plein d’autres endroits encore.

Mais jamais à Béziers. La corrida des quatre oreilles de 2011 s’en est rapproché. Il y avait l’exigence, l’engagement, l’orgueil, l’amour propre. Mais il manquait encore la dimension artistique que je recherche.

Justement, ne craignez-vous pas que le public ne sache pas apprécier ce toreo moins populaire et qu’il vous attende uniquement dans le style engagé de vos débuts ?

Je suis certain que le public saura apprécier . Il faut juste un déclic. Je ne sais pas quand. J’espère vendredi pour ces six toros. Ce sera peut-être le jour de ma retraite ? Peut-être jamais ? Car, parfois, c’est l’endroit où tu as le plus envie que cela se produise que ça n’arrive jamais.

Par moment, j’ai pu avoir le sentiment que le public ne réagissait pas et ne savait pas apprécier quand je toreais bien. Maintenant, je suis convaincu que la faute me revient car il manquait quelque chose de mon côté. Le jour où le déclic se produira, le public de Béziers le comprendra sans problème. J’en suis certain.

07:39 Publié dans Sébastien Castella | Commentaires (0) |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.