Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

17/08/2013

Page Midi Libre 16/08: Entretien de Sébastien Castella Partie II.

entretien sebastien castella,entrevista sebastian castellaLe manque de réussite résume cette année 2013…

C’est certain que ce n’est pas ma meilleure temporada en terme de triomphe et pourtant je n’ai jamais torée aussi bien qu’aujourd’hui. J’ai connu mon lot de malchance et touché souvent des toros impossibles.

Cette situation me pèse. Je pinche les grandes faenas et je mets des grandes épées aux mauvais toros. C’est toujours ainsi en 2013. Il faut avancer dans ces périodes de manque de réussite.

Vous avez attendu vos deux toros à genoux devant le toril à Séville. C’était prémédité ?

Bien sur. D’ailleurs, je n’ai pas réussi à trouver le sommeil la nuit précédent ces deux « porta gayola » tellement je ressentais le poids des responsabilités. Je voulais ainsi prouver à l’aficion de Séville que je ne venais pas toréer une corrida de plus.

Les toros n’ont pas servi mais pour la 1ère fois en Espagne, j’ai réussi trois ou quatre grandes naturelles comme j’aime les réaliser. Mon corps, mon esprit et ma muleta ne faisaient qu’un. Immédiatement, le public a réagi en disant « olé ». C’est rare à La Maestranza car les gens disent souvent « bien » avant de se lâcher des « olé ». Je pense que cette pression de Séville est maintenant levée. Le jour où le triomphe devra arriver, il viendra.

Je garde  toujours cette épine dans le pied de Séville, la ville où je réside. On peut marquer l’histoire sans y triompher. Mais c’est quand même mieux d’ouvrir la grande porte de la Maestranza ! 


entretien sebastien castella,entrevista sebastian castellaDepuis 15 jours la chance tourne et les triomphes sont de retour.

En effet, j’ai plus de réussite aux sorteos ce qui m’a permis de gagner le Prix de triomphateur à Valencia et couper deux oreilles au Puerto de Santa Maria qui a décidé de me répéter dimanche pour la substitution de Morante suite à ce succès.

A Vitoria et Gijon, j’ai également réalisé des faenas importantes qui auraient du recevoir deux oreilles sans des refus du palco aux pétitions du public. 

Mais vous avez passé quatre mois depuis Arles, sans toucher un bon toro…

C’est vrai et heureusement que j’ai eu la chance de toucher un bon toro à Madrid lors de mon second contrat pour la San Isidro.  Je suis dans une phase de transition dans mon toreo et ce Victoriano del Rio m’a permis de dévoiler ma nouvelle tauromachie comme on l’a entrevue par instant à Nîmes ou Séville.

Ce jour là, j’ai pu toréer librement et relâché comme je le fais en Amérique du Sud. Avec l’envie de triompher bien sûr, mais sans cette pression du résultat que tu ressens pour gagner 10 ou 15 corridas supplémentaires. 

Les critiques ont souligné la qualité de vos naturelles, certainement les plus abouties de la Feria…

La malchance a fait que le toro a tardé à tomber malgré une bonne estocade. Couper une oreille à Madrid après plusieurs descabellos prouve que son public a apprécié mon évolution comme torero. Cette nouvelle dimension dans mon toreo a reçu la reconnaissance de tous.

Journalistes comme aficionados. Je suis heureux que Las Ventas ait été le théâtre de cette reconnaissance car ce sont mes arènes. Celles qui m’ont fait grandir et m’ont ouvert les portes pour construire ma carrière.

entretien sebastien castella,entrevista sebastian castellaComment est venue cette envie d’évoluer alors que votre style très engagé vous a conduit au sommet?

Je n’aurai pas pu mettre en œuvre ce projet artistique il y a quatre ou cinq ans. Je n’étais pas prêt à évoluer car je voulais couper des oreilles devant tous les toros à tout prix. Tous les jours.

Avec le temps, tu comprends la tauromachie différemment. Cette envie d’évoluer vient avec la maturité, les péripéties de la vie et les coups reçus.

Comment décririez-vous ce nouveau style ?

Je ne veux surtout pas renier mon style où je fais passer les toros très près du corps en me jouant la vie. Car, j’aime m’arrimer. Mais cela ne doit rester qu’un recours car je veux toréer les bons toros de manière plus artistique et plus esthétique. J’ai envie d’un toreo avec les « vuelos » (la flanelle de la muleta qui volent), avec beaucoup de rythme comme les grands toreros de l’époque. C’est une tauromachie que l’on ne peut pas pratiquer devant tous les toros.

En début de carrière, il m’a fallu du temps pour trouver ma technique car c’était compliqué de se mettre dans ce sitio au milieu des cornes. Aujourd’hui, je me lance dans un concept encore plus compliqué car marier le bon toreo et toréer si près des cornes est une quête quasiment impossible.

Je sais que ce sera très difficile, mais « impossible n’est pas français ». Je vais essayer de donner raison une nouvelle fois à ce proverbe.

Qu’est ce qui rend cette évolution si compliquée ?

Cela demande d’abord un gros effort mental pour moi. Car, quand je ne coupe pas d’oreilles, je ne me sens pas heureux. C’est un toreo plus esthétique et moins batailleur qui porte moins sur un public moins averti.

 Je suis sur certain d’avoir choisi la bonne direction mais je suis énervé de devoir laisser parfois quelques oreilles sur le chemin. Il faut que je fasse abstraction de la nécessité de couper des oreilles pour pouvoir développer cette tauromachie.

entretien sebastien castella,entrevista sebastian castellaPourtant, après treize ans d’alternatives et autant de triomphes dans les plus grandes arènes, on n’a plus cet impératif d’obtenir des trophées au quotidien…

C’est difficile à accepter car il y a beaucoup d’enjeux derrière. Pour maintenir, ton statut (nombre de contrats et les cachets), il faut couper les oreilles. C’est comme en foot. Il faut marquer les buts pour toucher des primes ! 

 Il fallait faire un choix entre s’arrimer tout le temps pour couper des oreilles ou évoluer artistiquement. Comme je suis un entêté, je vais persévérer dans cette direction sans revenir en arrière.

Car c’est celle qui conduit à la grandeur du toreo. Celle qui me permet de m’accomplir comme torero et comme personne.

Remplir vos arènes est essentiel quand on fait le paseo lors d’un solo ?

J’espère que ce sera plein car il est évident que tes sensations sont différentes si les tribunes sont pleines et qu’il règne une belle ambiance dans les arènes. Je me rappelle du 1er solo à Nîmes où le » no hay billetes » était affiché plusieurs jours avant la corrida.

C’est impressionnant et j’étais d’autant plus motivé qu’il existait une rivalité avec El Juli qui avait triomphé deux jours avant le solo de ses 10 ans d’alternative. 

Espérez-vous une ambiance électrique comme pour José Tomas à Nîmes l’an dernier où les arènes sont restées debout à applaudir pendant tout le paseo ?

Je n’étais pas présent dans les arènes ce jour là.  J’aimerais que ce seul contre six chez moi soit une fête. Ca va être ma corrida, mes arènes, mon public, ma ville, ma tauromachie, ma liberté.

Cette corrida, je l’ai en tête bien avant son annonce. Je m’y suis préparé.

Je veux être libre, me régaler. Faire régaler le public. Pour les remercier de m’aider depuis que je suis en capea. Ce public m’a vu évoluer et passer de la cour d’école jusqu’à ce que je suis devenu.

Vous êtes-vous préparé à la pression de l’événement attendu par toute un ville ?

Je sais que le public va attendre beaucoup de moi. J’aimerais recevoir de la chaleur humaine pour m’aider à  faire rentrer cette corrida dans l’histoire des arènes de Béziers. C’est important de marquer l’histoire car cela représente le fruit des efforts de toute une carrière. 

S’annoncer devant six élevages différents est une difficulté supplémentaire ?

Combattre six toros est par essence différent d’une corrida normale avec deux toros où le public attend de voir le style habituel d’un torero. Il vient voir le toreo de Manzanares, José Tomas ou Castella. Et c’est normal.

Le public doit comprendre que l’on doit faire des lidias différentes quand tu affrontes six ganaderias différentes. L’important sera de donner à chaque toro la faena qui lui convient en adaptant sa technique pour que le spectacle soit intéressant. 

Le début est essentiel dans un solo…

Les deux premiers toros ont une très grande importance lors d’un seul contre six. Cela joue énormément sur le mental du torero. Mais aussi sur le moral du public et l’ambiance.

La réussite dépend de cette connexion entre les deux piliers que sont le public et le torero.

entretien sebastien castella,entrevista sebastian castellaUn dernier vœux avant ce paseo ?

Je demande juste au bon Dieu, à toutes les vierges réunies et à moi-même que je puisse me régaler et me sentir libre sur le sable. Si tu es libéré, il peut sortir les toros les plus compliqués, il n’y aura pas de problème et le public pourra se régaler.

J’espère juste être tranquille et en paix avec moi-même. Et si je peux toucher un bon toro, je pourrai enfin montrer tout mon toreo à Béziers. Comme à Madrid ou en Amérique du Sud.    

Tu vas banderiller ?

Non, je prendrai juste les banderilles pour les données à mes banderilleros car je ne me suis pas entraîné !

Vous réalisez votre 4ème seul contre six en France ce soir. Envisagez-vous de réaliser le même défi en Espagne ?

C’est un projet que j’envisage. Si je me lance dans un solo en Espagne, ce sera dans les arènes de Vista Alegre. Soit celles de Bilbao, soit celles de Madrid où ne sont plus organisées des corridas depuis quelques années. Certes, les plus grandes figuras n’ont jamais rempli la seconde arène de Madrid.

Mais si nous le faisons avec mon apoderado, je suis convaincu que nous réaliserons le plein car on le fera pour une cause humanitaire. Et avec un plan de communication adapté. C’est un atout que je garde dans la manche pour le futur.

 

entretien sebastien castella,entrevista sebastian castella

07:44 Publié dans Sébastien Castella | Commentaires (0) |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.