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15/09/2013

Entretien Eduardo et Antonio Miura: dernière partie.

DSC_0554.JPGCliquer sur photo pour voir album.

Pendant trois jours, avant leur dernier paseo de la temporada dimanche à Nîmes, publication de l'entretien réalisé pour la revue Toro Mag cet hiver. 2ème partie... 

La saison 2013 de Miura est d’une densité exceptionnelle?

A. M.: Nous avions huit corridas et deux novilladas. Nous sommes très satisfaits de cette temporada avec de très bonnes corridas à Séville, Nîmes et ce toro de vuelta à Istres pour le solo de Juan Bautista.

Il y a eu également de bons toros à Castellon et Granada. Sortir une corrida aussi complète et d’aussi haut niveaudans une aussi grande arène que Séville est très difficile. On l’a réussi cette année mais avant de se réjouir, il nous reste encore trois corridas et une novillada à lidier cette année.

Après Béziers, si on confirme à Nîmes aux Vendanges, on pourra dire que 2013 est une année exceptionnelle pour Miura.


DSC_0497.JPGPourquoi vous n’embarquez jamais de sobrero pour les corridas à l’exception de Séville ?

(E.M) Traditionnellement, on a toujours embarqué six toros pour les arènes. Nos toros sont très difficiles à manier et se blessent régulièrement au moment du départ. C’est pour cette raison que nous n’en vendons que six.

C’est un phénomène très récent de mettre au cartel le 1er sobrero (voire le second) de la même ganaderia.

Un élevage aussi prestigieux que Miura est-il touché par la crise économique actuelle ?

(E.M)  Evidemment, nous n’évaluons pas dans un nuage à l’écart des autres ganaderias même si nous avons la chance d’avoir des arènes qui nous restent fidèles depuis des années. Avec la crise, les gens se rendent moins aux arènes, les arènes ne bénéficient plus de subvention, doivent payer les 21% de TVA et l’argent à se répartir se réduit.

L’offre de toros augmente et le nombre de corridas se réduit. Les prix du marché sont donc tirés à la baisse. En plus, si une arène ne fait pas les entrées escomptées, au final, elles ne peuvent pas te donner l’argent prévu et ce n’est pas sans répercussion. Tous les ganaderos souffrent actuellement.

IMG_1434.JPGLes droits d’image issus de la télévision peuvent-ils être un recours ?

(EM) Malheureusement, les impacts économiques de la télé sont bien inférieurs aux espérances des taurinos. Il n’y a pas suffisamment de spectateurs pour que les télés gagnent de l’argent. La corrida n’est pas une garantie de spectacle pour le grand public car on ne sait jamais comment vont sortir les toros.

Ces médias, comme Canal +, diffusent des corridas plus pour le prestige que pour la rentabilité générée. Aucun annonceur ne veut associer son image à la corrida. Coca-Cola ou les marques de bières détenues par des Hollandais ne passent jamais de publicité pendant les programmes taurins.

Il est difficile d’évaluer ces enjeux économiques car ne négocions jamais directement avec le diffuseur. Un contrat est signé avec l’empresa dont ne nous connaissons pas les conditions, et l’organisateur nous reverse ensuite un droit d’image.

Aujourd’hui, on manque d’exposition médiatique car aucun média ne donne d’information sur la tauromachie. Chaque semaine, on montre en boucle les dix plus beaux buts du championnat de football et jamais, on ne voit sur TVE une seconde de la meilleure faena de Madrid ou de Séville. Sauf, s’il y a une cornada grave !

On souffre d’une absence d’information taurine sur la télé et même à la radio, le temps est réduit à sa portion congrue et à des horaires impossibles. Ils passent les émissions à 1h ou 2h du matin et des grandes radios comme la Cope ont supprimé leur programme.

A l’époque, Clarin sur Radio Nacional se déroulait à un horaire adapté à 10h du matin. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas à l’exception du « carrussel taurino » de Canal Sur pendant la temporada. L’Espagne se désintéresse des toros aujourd’hui.

La France est considérée en Espagne comme un Eldorado…

(A.M) On remercie les Français car vous vous préoccupez plus de la défense de la Fiesta nacional que chez nous. Vous avez fait des lois pour protéger la Fiesta. Avoir le courage d’interdire comme en France toute manifestation des anti-taurins dans un périmètre d’un kilomètre autour des arènes, serait impensable en Espagne.

Les espagnols en sont incapables. La tauromachie est trop prisonnière, chez nous, des enjeux politiques. Pour preuve, nous avons trois ou quatre règlements taurins différents qui cohabitent. Les règles sont différentes en Andalousie par rapport à Castilla y Leon, au Pays Basque !

On souffre de ces lois différentes liées à l’autonomie des Provinces qui désorientent le public et les professionnels. C’est une folie !

La France est un exemple à suivre pour les professionnels et les politiques espagnols. Le seul regret, dans votre pays, vient de la disparition progressive d’arènes dans les grandes.

Mes aïeuls ont connu des toros à Bordeaux, Marseille et nous avons même de vieux livres avec des photos de corridas à Paris (Eduardo Miura attrape une relique du 19ème siècle dans sa bibliothèque laissée par son arrière grand-père avec de superbes photos de picadors vétus de « corto » à l’entrée de Paris datant de 1800). Je reste d’ailleurs nostalgique de la Feria de Toulouse.

 C’est dommage que ces corridas au Fenouillet n’aient pas été rentables car je me rappelle d’arènes, d’un ruedo et d’un campo de Feria fantastiques. 

Stéphan GUIN

MIURA FRERES AP.JPG

 

 

08:19 Publié dans Campo, Entretiens | Commentaires (0) |  Facebook | |

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