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15/06/2014

Entretien Midi Libre avec Cayetano Ortiz

entretien cayetano ortizEntretien Midi Libre Béziers ce jour.

« Un premier paseo avec deux extra-terrestres » 

 

Cayetano Ortiz deviendra ce soir à Istres le troisième torero biterrois de l’histoire. 

 

Depuis l’annonce des cartels, vous avez du rêver des dizaine de fois à cette alternative ?

 

En effet, je me suis refait le film à plusieurs reprises mais ce que je cherche avant tout, c’est de profiter de chaque instant aujourd’hui. Savoir savourer chaque moment de cette belle journée depuis le réveil jusqu’à l’heure où je m’habille.

J’ai surtout envie de ne rien garder en moi une fois que je serai en piste et exprimer mes sentiments devant le toro.

 

Comment avez-vous appris que Joselito et Morante figureraient à ce cartel ?

 

J’étais tranquillement à table quand j’ai reçu un appel de mes apoderados Denis Loré et Cesar Perez. Au départ, je pensais qu’ils me faisaient une blague.

Mais quand j’ai compris que Joselito et Morante seraient vraiment mes parrains et témoins d’alternative, cela a été un choc et m’a coupé immédiatement la faim !

 


 

Que représente Joselito pour vous ?

 

C’est un exemple à suivre dans la profession mais également dans la vie quotidienne. Il a connu une enfance très difficile et aurait pu finir dans la rue. Il a fait le choix de la dureté du toreo. C’est un exemple de persévérance et de sincérité.

En tant que torero, pour moi, Joselito c’est la super classe, la pureté du toreo. Son style caractéristique pour donner une série de naturelles avec les talons cloués au sol, le bras ballant… Pfou ! C’est un maestro qui a marqué l’histoire de la tauromachie. 

 

Et Morante de la Puebla ?

 

C’est maestro qui a été touché par la main de Dieu. Il ne ressemble à aucun autre torero. Sa personnalité est énorme. Il est capable de sortir sous une bronca et les coussins comme de mettre les arènes de Madrid debout.

Morante manie fabuleusement la cape en donnant l’impression d’arrêter le temps. Il a des « muñecas privilegiadas » (NDLR : des poignets de soie –privilégiés-).

C’est un des derniers toreros bohèmes que le toreo porte. En réalisant une seule demi-veronique, il est capable de faire lever tout une arène de son fauteuil. 

 

La pression doit-être forte quand on débute face à deux grandes figuras du toreo ?

 

Bizarrement, je ne la ressens pas jusqu’à maintenant. C’est vrai que plus l’échéance approche, plus les nuits se raccourcissent. Mais, au contraire, je déborde de motivation et j’ai pleinement conscience du privilège et de la chance de faire mon premier paseo comme matador de toros au côté de deux extra-terrestres comme eux.

Il est évident qu’un torero qui débute ne pourra pas mieux toréer qu’eux. Mon ambition est de montrer ce que je sais faire et prouver que ma présence dans ce cartel n’est pas due au hasard.

C’est le fruit de beaucoup de sacrifices depuis que j’ai décidé de devenir torero. Il faut passer au-dessus des périodes de doutes et de blessures importantes. Pour moi, cette alternative est la récompense d’années d’efforts.

 

Que vous ont dit vos apoderados sur les toros de Garcigrande pour ce soir ?

 

La corrida est très jolie et bien faite. Très torera. Il faut 530 kilos de moyenne et tout est réuni pour que les toros servent. Mais comme on dit, « on n’est pas dedans ». 

 

Comment vous-êtes vous préparé pour cette corrida qui sera médiatisée dans le monde entier ?

 

J’ai réalisé beaucoup de tentaderos en France, en Andalousie et à Salamanca mais également beaucoup de toreo de salon avec Denis Loré. J’ai torée trois novilladas en 2014 avec un triomphe important en Espagne.

J’ai aussi du toréer quatre toros à El Molar pour mon dernier paseo avant l’alternative. Ensuite, j’ai affronté en privé six toros de quatre ans pour m’habituer à leur charge avant mon alternative.

C’est un toro qui réfléchit davantage avec un comportement d’adulte. Il faut savoir les attendre en début de passe. Mais, je me suis senti à l’aise et quand il passe dans la muleta on ressent un plaisir énorme. 

 

Si vous dressiez un rapide bilan de votre carrière de novillero ?

 

L’objectif non atteint est de ne pas avoir débuté à Séville en piquée. Mais je retiens surtout mes triomphes à Béziers, mes débuts à Madrid et des courses importantes comme les Palha de Vauvert, les Escolar de Saint-Sever ou un triomphe à Vitoria.

Je regrette juste mon irrégularité à l’épée qui m’a privé de grandes portes dans des arènes de catégorie et ma performance le jour de ma présentation en piquée à Nîmes. 

 

Quel objectif vous fixez-vous pour ce soir ?

 

Il est évident que j’aimerais sortir « a hombros » car un triomphe important me permettrait d’ouvrir les portes des arènes françaises pour la fin de temporada et me positionner pour 2015.

Les Ferias sont déjà bouclées pour l’essentiel cette année, mais on pourrait éventuellement faire appel à moi pour des substitutions. 

 

Robert Margé vous a mis au cartel de la Feria de Béziers…

 

Je vais réaliser un rêve de gosse ce 16 août. Ces arènes sont ma deuxième maison tellement je m’y suis entraîné et imaginé des centaines de faenas. J’ai torée quelques novilladas dans mes arènes.

Mais faire ma présentation comme matador de toros dans une corrida formelle à 18h, c’est incomparable. C’était un de mes objectifs et, en plus, j’ai la chance de le faire devant du bétail de garantie comme les Torrestrella.

 

L’avenir est très compliqué pour les débutants dans la catégorie reine. Vous y êtes préparé ?

 

Chaque chose en son temps. Je pense d’abord à la corrida de ce soir. J’ai pleinement conscience que la situation du marché est très difficile et qu’il faudra gagner mes contrats les uns après les autres. Je suis mentalisé pour cela.

Etre torero requiert un certain nombre de qualités, dont la patience. Il faut croire en soi et être patient.

Manuel Escribano en est actuellement un parfait exemple. A près de nombreuses années sur le banc des remplaçants, il a réussi à se faire une place de choix dans les cartels des grandes ferias. 

 

Recueilli par Stéphan GUIN

 

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