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17/01/2015

Special Cuadri pendant jours: l'entretien de Fernando Cuadri (2/3)

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriCliquer sur photo pour visualiser album

Retrouvez sur Corrida y Campo le reportage réalisé pour Toro Mag 

Comment effectuez-vous votre sélection? 

On accorde une importance fondamentale au comportement au cheval. Evidemment, on observe aussi son sa fixité, son humiliation, et sa capacité à répéter pour le torero. Mais il doit toujours avec cette caste qui est la seule à provoquer un intérêt chez l’aficionado.    

 

Cuadri reste également garant d’une forme d’élevage traditionnel sans céder au forme modernes avec des tracteurs, des camions ou les fundas ? 

Je suis convaincu que le « manejo » réalisé de manière traditionnelle est meilleur pour les toros. Ici, nous travaillons uniquement à cheval. Et trois mois avant leur sortie dans l’arène, le mayoral les fait se déplacer tous les jours en leur parlant. Tu peux pas faire cela en 4*4.  

Nos toros ont beaucoup d’espace dans notre ganaderia pour leur assurer leur tranquillité. Chaque cercado contient une seule corrida de toros et possède 20 à 25 hectares. Une telle surface est impossible dans des ganaderias qui lidient 25 courses par an.  

Mais je suis convaincu de l’intérêt de cette forme d’élevage quand tu embarques un lot. Dans les corrales des arènes, leur quotidien change avec du bruit, un environnement artificiel, un espace réduit et de l’eau chlorée qui augmentent les risques de contamination.  

Tout cela provoque beaucoup de stress chez l’animal.

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entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriPendant les deux premiers jours, ils se brûlent de l’intérieur et accusent la fatigue car ils s’énervent et ne mangent pas. Il peuvent rentrer dans l’arène en ayant perdu la moitié de leurs moyens.

 

Parler au quotidien avec le mayoral pendant ces quatre mois, permet au toro de retrouver son seul repère dans les corrales.

A la sortie du camion, il est tranquillisé en attendant cette voix familière qui lui rappelle le campo. C’est un détail très important qui justifie à lui seul le temps que l’on passe à cheval à leur côté au campo.   

Que préconisez-vous pour limiter ce stress ? 

L’idéal est d’embarquer les corridas au dernier moment, le jour du spectacle. Ou, comme vous le faîtes en France, une semaine avant pour laisser le temps au toro de récupérer du voyage et s’adapter au nouvel environnement.

En Espagne, les camions arrivent deux jours avant la corrida. C’est le pire moment pour le toro et il sort du toril souvent diminué.   

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriPourquoi vouloir conserver une camada courte alors que vous vendez facilement vos toros ? 

C’est une volonté car cela a toujours fonctionné ainsi. Mon père, Celestino Cuadri, avait pour habitude de dire que le plus grand danger qui guette un ganadero, c’est de vouloir augmenter de trop la taille d’un élevage quand on traverse un bon moment.

Regarder la crise de l’immobilier qui en est le parfait exemple. Les promoteurs ont toujours voulu construire plus de logements avant de connaître la ruine quand le nombre d’acheteurs s’est réduit brusquement. 

Nous avons toujours voulu conserver une ganaderia de taille humaine sur nos 800 hectares de la finca. Avec 150 vaches, soit 550 tête au total. Cela nous permet de sortir entre quatre corridas - comme en 2014 – et six corridas par an selon les naissances.

Cela varie fortement selon les années et la météorologie. Quand on a des conditions climatiques difficiles, l’année suivante naissent beaucoup de vaches. C’est la loi de la nature qui veut que dans les années difficiles, il faut repeupler.

Quand la météo est favorable, naissent plus de veaux.  

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriToutes les ganaderias courtes connaissent des soucis de rafraîchissement… 

En effet, on doit tous affronter cette gestion de la consanguinité quand on veut conserver un sang pur et que le nombre de tête reste réduit.

Mais cette consanguinité a aussi des vertus car c’est l’unique moyen de fixer les caractéristiques dans le temps et de conserver la rareté de notre encaste qui en fait la richesse.

Maîtriser cette consanguinité est fondamental pour permettre au toro d’embister. C’est une mutation qui est anti-naturelle et quand le taux augmente de trop, il faut rester vigilent. Car la nature reprend le dessus. Sinon, des races augmenteraient démesurément et d’autres disparaîtraient.

Et la nature veut que tout le monde puisse avancer ensemble!

Si ton indice de consanguinité augmente trop, il apparaît alors des problèmes de déformation et des difficultés sanitaires car les toros perdent leurs défenses immunitaires et multiplient les maladies comme la tuberculose ou la brucellose.

Il faut rester vigilent pour trouver le bon équilibre dans la sélection, l’alimentation et le « manejo ».   

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriComment réalisez-vous votre sélection ? 

On a actuellement cinq sementals mais on conserve une ganaderia très ouverte car on ne peut pas la rafraîchir par des apports extérieurs. Après 65 ans d’élevage, nous sommes obligés de maintenir 29 familles.

Pour faire simple, on sélectionne par les vaches et on gère le niveau de consanguinité par les sementals.

D’ailleurs, on ne tiente jamais les machos. On les choisit par la génétique et le type. Puis on les met sur des vaches d’autres familles ou sur des femelles avec un degré de parenté très éloigné. 

Concernant les mères, on les tiente à l’âge de deux ans et comme je vous l’ai dit, la réussite de l’épreuve du cheval une nécessité absolue. Mais, elle n’est pas suffisante. Car on ne l’approuve qu’après avoir apprécié ses qualités à la muleta et on attache beaucoup d’importance à l’impression générale laissée par la becerra.

Ensuite, il existe des finesses dans notre ganaderia car on adapte notre sélection aux caractéristiques des familles. Cela peut désorienter un aficionado qui assiste à un tentadero chez nous car il ne comprend pas que deux vaches au comportement similaire soit approuvées ou pas.

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriOn teste souvent les becerras après avoir déjà reçu une demi-tienta. Si une vache est issue d’une famille juste de force, la moindre faiblesse la condamne au matadero.

Si au contraire, elle provient d’une famille qui a du genio, on peut lui pardonner exceptionnellement de « perdre les mains » si elle possède des qualités de bravoure et de noblesse.

Cela permet d’adoucir ce genio car ce type de toro sort violent puis s’éteint immédiatement. C’est le contraire du toro avec de la caste qui va « a mas ».

Le genio, c’est la mauvaise caste !  

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriQuelles sont vos habitudes d’alimentation ? 

Le meilleur des aliments pour le métabolisme d’un toro est l’herbe. C’est pourquoi l’alimentation de nos vaches est exclusivement naturelle.

Chacune possède trois hectares dans notre finca. Les mâles sont également nourris uniquement à l’herbe au cours des trois premières années si les conditions du campo le permettent. La dernière année avant le combat, quand il devient toro, il mange a minima six kilos de pienso en complément.

Avec les exigences actuelles des plazas, tu ne peux pas te limiter à l’herbe car, sinon, il est impossible de remater les toros pour qu’ils prennent du poids. D’ailleurs, lors des derniers mois, on change les toros de cercados tous les trois jours car sinon ils se nourrissent que d’herbes et restent maigres.

Il faut rester vigilent sur la qualité du pienso et ne pas commencer trop tôt ce type d’alimentation.   

entrevista fernando cuadri,entretien fernando cuadri,ganaderia cuadriPour quelles raisons ? 

Si tu nourris trop tôt un toro avec du pienso, il grossit trop rapidement. Alors les cornes se développent moins. Et vice-versa. Les camadas qui ont bénéficié de beaucoup d’herbes ont plus de têtes. C’est prouvé même si les scientifiques assurent que c’est injustifiable.

Personnellement, j’y vois deux explications.  Premièrement, la peau et la corne possèdent la même constitution à base de créatine. Et la corne est composée, pour l’essentiel, de peau. D’ailleurs, on remarque que la corne est toujours de la même couleur que la robe.

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriL’explication est simple :  un toro gras a une peau plus fine car il est bien protégé du froid. Et celui qui est maigre aura une peau plus épaisse. Et quand la peau se développe, la corne aussi…

J’y vois aussi un second facteur.

C’est la traduction de la loi de la nature. Là encore. On donne plus de défense aux faibles qu’aux forts. Les vaches ont toujours plus de cornes que les toros car elles doivent défendre leur enfant. Pour moi, c’est évident et c’est démontré.

A suivre demain matin

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