Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

18/01/2015

Special Cuadri pendant jours: l'entretien de Fernando Cuadri (3/3)

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadri

Cliquer sur photo pour visualiser album

Retrouvez sur Corrida y Campo le reportage réalisé pour Toro Mag 

Pouvez-vous nous parler de la temporada 2013 très critiquée par la Presse ? 

C’est vrai que la corrida de Séville a été mauvaise et, de manière générale, 2013 n’a pas été une bonne temporada. Je n’ai lidié aucune corrida complète de mon point de vue. Il y a eu quatre ou cinq toros de qualité mais pas une seule corrida complète.  

Après la déception de Séville, on est passé à Madrid sans peine ni gloire. La corrida de Céret m’a également déçu même s’il est sorti deux toros intéressants. Au final, 2013 reste une temporada très décevante pour la ganaderia Cuadri.   

Comment l’expliquez-vous ? 

Il est évident que le climat a une influence majeure. Chez tous les animaux, il existe deux piliers que sont la génétique et les conditions environnementales : l’humidité, le vent, la lune. Et l’état d’esprit du moment du toro.  

Parfois, tu tientes six becerras et tu en approuves aucune. La semaine suivante, six autres becerras des mêmes familles vont sortir de façon diamétralement opposées. La presse à l’habitude de caractérisée une corrida en quelques mots: elle a manqué de force, elle a été arrêtée, elle n’a pas embisté… 

Mais les choses sont plus compliquées selon les conditions dans la plaza le jour J. Cela peut influencer le comportement des toros pour 30 ou 40% selon moi.  

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadri

 

 

 


 

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriComment se dessine votre temporada 2014 ? 

Nous avons trois corridas pour Madrid, Valencia et Azpeita plus deux toros pour des concours à Zaragoza et Talavera. Nous avons encore un quatrième lot, mais on attend de voir ce qu’il nous restera au campo après la San Isidro. Eventuellement, on la lidiera au cours d’une feria de fin de temporada comme Albacete ou Zaragoza.  

(NDLR : deux toros ont été ovationnés à Madrid, un autre a reçu une vuelta à Valencia en juillet quand Rafaelillo a coupé deux oreilles. La corrida d’Azpeita a également donné satisfaction).  

Quel est votre avis sur l’avenir de la Fiesta qui se dirige massivement vers le mono-encaste Domecq ? 

Je suis convaincu que c’est très bien pour Cuadri. Les figuras possèdent leurs ganaderias avec des éleveurs qui leur offrent un toro spécifique, plus toreable, plus noble. Certainement plus « tonto » aussi.

Je les respecte beaucoup car chacun doit élever son propre modèle comme je vous l’ai dit. D’ailleurs, je veux souligner que les Domecq sont d’excellents ganaderos.

Ils travaillent sur un fil car la frontière est étroite entre le toro noble et le manso. La loi de la nature te conduit forcément vers le bas et avec les caractéristiques de ces animaux, je perdrais rapidement ma ganaderia des mains.

Je les admire, car eux parviennent à la maintenir. Ils savent quand et comment rafraîchir quand il leur manque un peu de tempérament.  

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriEt les figuras qui refusent vos toros… 

Je trouve fantastique qu’ils demandent ce style de toros (ironique). Mais Cuadri, n’a pas besoin des figuras pour exister. Ils ont leur marché, leur campo et leur ganaderia. Je les respecte, mais nous avons notre propre terrain d’expression avec nos aficionados et nos plazas.

Pour lidier nos quatre ou cinq corridas, on trouvera toujours des arènes où se produire et des toreros pour combattre nos toros. Cuadri a toujours existé sans les figuras et je m’en félicite car faire combattre des toros par les stars entraîne deux dangers.

Cela peut t’inciter à vouloir grandir trop vite et perdre ton patrimoine. Et surtout, les veedors des figuras viennent toujours voir les corridas au campo et ils peuvent te changer des toros.  

Alors, si tu fais un pétard, ce n’est pas toi qui t’es trompé mais la figura qui a exigé ce changement. Et dans la vie, et raison de plus dans une ganaderia, il est important de connaître des échecs majeurs.

Le lendemain, je ne suis jamais déçu et je reviens encore plus motivé au campo pour comprendre les causes de ce pétard. J’envoie des vaches au matadero, je modifie l’alimentation ou la méthode de « manejo ».

Tu apprends toujours de tes erreurs et de tes échecs. A condition que ce soit le tien et non pas celui des toreros !  

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriCes stars ont-elles les qualités requises pour combattre les Cuadri ?   

Toutes les figuras d’aujourd’hui sont capables d’affronter nos toros. Dans le passé, Manzanares, Litri ou Ponce ont tué nos corridas. Certainement mieux que quiconque. Mais cela demande à ces toreros un effort supérieur que face aux autres ganaderias. Si un toro sort brave, il faut le toréer. Pas lui faire des passes.

Et si un Cuadri sort mauvais, il faut le lidier. Les figuras ont gagné leur sitio et la possibilité de choisir leurs toros. C’est humain qu’ils privilégient des fers qui demandent un effort moindre pour briller.   

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriUne ganaderia qui jouit du prestige de Cuadri est-elle touchée par les conséquences de la crise économique ? 

Je suis très pessimiste pour l’avenir. Des ganaderias prestigieuses ont déjà disparu et on ne sait jamais lequel sera le prochain sur la liste. On est tous au bord de la noyade. Chaque éleveur est assis sur un escalier et on voit que l’eau monte de niveau !

Quelques uns ont l’eau au niveau des pieds, mais la majorité sont touchés jusqu’au cou. On ne sais pas jusque quand on pourra continuer. Je suis incapable d’affirmer que Cuadri existera encore dans un an car la situation économique est très critique.

Il est important d’avoir une activité complémentaire avec notre autre finca dédiée aux céréales. Tout peut arriver à tout moment car cela exige beaucoup de travail pour survivre. Je suis inquiet car je ne sais certain que les corridas de toros existeront toujours dans trente ans.

Les jeunes représentent à peine 10% du public dans les arènes. Quand des peñas nous rendent visite ici à la finca, il n’y a quasiment aucun jeune.   

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadriQuelles solutions peut-on envisager alors? 

Il faut d’abord éduquer les gens pour qu’ils connaissent réellement le toro. On parle exclusivement des vingt minutes de la lidia, mais on oublie toujours d’évoquer les quatre années merveilleuses vécues par le toro au préalable.

Les gens prennent plaisir à parler de la vie.

Et, en tauromachie, on ne la met jamais en avant. On ne médiatise que le point final qui est la mort du toro dans l’arène. Alors que la vie au campo est trop méconnue. Les éleveurs doivent ouvrir les portes de leur finca.  

Par ailleurs, il faut absolument que les empresas assurent la promotion dans les médias et investissent pour proposer des prix attractifs aux jeunes. Il faut leur donner l’opportunité de découvrir la Fiesta.  

Réalisé par STEPHAN GUIN

 

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadri

entrevista fernando cuadri, entretien fernando cuadri, ganaderia cuadri

 


Les commentaires sont fermés.