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22/02/2015

Quand les génies abandonnent la Fiesta...

DDD.JPGL'escalafon est peuplé de toreros d'une grande valeur technique et artistique. Des figuras.

Sans être exhaustif, Enrique Ponce, Miguel Angel Perera, Sébastien Castella, El Juli, José Maria Manzanares, Ivan Fandiño, Alejandro Talavante, ...

De mon point de vue, seuls deux peuvent revendiquer un statut de torero d'époque, de maestro dont on parlera encore dans 40 ou 50 ans comme des matador de toros au toreo inégalable.

Pour son don à la cape et sa toreria digne de Curro Romero pour Morante de la Puebla.

Pour la pureté, la profondeur du toreo et la personnalité digne de Manolete pour José Tomas.

A titre personnel, le premier est celui qui avec Joselito a le plus marqué mes 35 ans d'aficion...


Parallèlement, on ne peut ignorer la crise profonde que traverse la Fiesta.

Depuis bien longtemps les ganaderos ne vivent plus de leur activité tant l'essence de la Fiesta, le toro, n'est pas valorisé à sa juste valeur. Seule l'aficion, le prestige et des activités annexes leur donnent l'envie de poursuivre leur métier de ganadero pour faire perdurer la Fiesta.

A l'exception d'une minorité de toreros, la plupart des matadors de toros connaissent également des difficultés pour obtenir des contrats dans un escalafon fermé au renouvellement (mis à part Fandiño qui est parvenu à bousculer l'ordre établi) tant quelques empresas et figuras tiennent un marché dont le volume se réduit.

Maintenant, les empresas sont également au bord de l'asphyxie en Espagne comme en France et le mariage entre Simon Casas, Cutiño et le milliardaire mexicain Bailleres (ETMSA) pour créer la FIT peuvent répondre à d'autres arguments que la "promotion de la Fiesta". La rumeur qui court dans le mundillo espagnol est que cette union répondait surtout à des impératifs pécuniers...

Quant on rajoute dans ce panorama le vieillissement de l'aficion, (j'assistais samedi dernier encore à une passionnante conférence à Las Ventas avec Santiago Lopez où nous devions être deux aficionados de moins de 60 ans dans un parterre de 100!), on voit bien que l'avenir est bien morose si on ne parvient pas à renouveler l'aficion en créant des évènements majeurs à des tarifs abordables.

A lui seul, par son toreo, son génie et sa personnalité, José Tomas pourrait résoudre une grande partie du problème tant son attrait à chacun de ses cartels déplace les aficionados et dépasse largement le cadre taurin.

Le torero de Galapagar, s'il acceptait enfin de toréer une vingtaine de corridas, pourrait dynamiser à lui seul les abonos des Ferias et permettrait aux plus jeunes d'alimenter leur aficion par sa tauromachie unique et magique.

Depuis une petite décennie mon opinion sur José Tomas varie selon mes humeurs.

Est-il le plus grand torero de l'histoire de la tauromachie comme j'en étais convaincu en sortant du solo de Nîmes?

Ou le plus gros gâchis de l'histoire tant il aurait pu devenir l'égal ou dépasser Manolete, Belmonte et Joselito El Gallo dans le Panthéon du toreo?

Les deux certainement...

Passons sur le remord éternel José Tomas qui reprendra l'épée à Aguascalientes, mais qui devrait faire deux paseos chaque année à Madrid, Bilbao, Séville et Mexico plutôt qu'à Granada, Malaga ou Huelva!

Venons-en maintenant à Morante de la Puebla qui pouvait à lui seul sauver la Feria de Séville après le fiasco artistique et économique de 2014.

L'empresa Pages a visiblement cédé à toutes ces exigences en terme de nombre de contrats et d'élevage. Avec cinq cartels, il pouvait garantir l'abono à lui tout seul d'autant que l'autre enfant chéri de la Maestranza, Manzanares devait effectuer deux ou trois paseos en 2015.

Autant dire qu'aucun sévillan n'aurait noté l'absence du trio Talavante, Perera, El Juli tant leur cartel à Séville est bien inférieur aux deux autres.

L'aficion aurait rejoint la belle andalouse pour de nombreux cartels d'expectation mais Morante a finalement décidé de mettre fin aux négociations avec Valencia et Canorea.

Problèmes économiques?

Peut-être tant il parait que l'empresa Pages sous la pression économique (confiscatoire?) des Maestrantes est peingre...

Mais l'essentiel est-il là quand on s'appelle Morante de la Puebla et que pendant plus d'une décennie on a trouvé des solutions dans les négociations avec Séville?

Dans Terres Taurines, André Viard a émis une hypothèse (http://www.tierrastaurinas.com/terrestaurines/actus/edit....) qu'imaginait une bonne partie de l'aficion et on ne peut que souscrire aux arguments du journaliste Landais.

Le mariage d'El Juli avec Luisma Lozano laissait espérer un comportement plus constructif avec certaines empresas du Madrilène. Peine perdue.

Pourtant c'est à Séville qu'El Juli est parvenu à donner à son toreo une nouvelle dimension artistique il y a quelques années avant de revenir à un concept plus réducteur basé sur la puissance et l'abus du toreo de proximité.

Rémunérateur (en terme de trophées) mais réducteur.

Quant à Miguel Angel Perera, il est historiquement le plus frondeur envers le pouvoir et ce n'est pas son exceptionnelle temporada 2014 qui permettra de dompter le fauve.

Les Mexicains ont débarqué Curro Vasquez pour manager Talavante avec Morante.

Beaucoup imaginent un coup de l'ETMSA pour pourrir la situation de l'empresa Pages au niveau politique et financier.

Comment donner tord à André Viard et aux tenants de cette théorie du complot après que le milliardaire mexicain ait mis la main sur Morante, Talavante, la ganaderia de Zalduendo, les arènes de Cordoba avant de s'associer avec deux mégas empresas comme Casas et Cutiño?

Difficile d'imaginer Antonio Bailleres se contentent d'arènes de second rang sans viser les Mecques de Séville ou Madrid.

Alors Morante instrument des Mexicains?

On peut légitimement douter des intentions des Mexicains qui se sont sentis obligés de publier un démenti sur les sites taurins espagnols.

Qui n'arrêtera pas les suspicions.

Une nouvelle fois, les taurinos oublient de s'unir pour l'intérêt de la Fiesta et mettent en danger l'arène qui dégage le plus de saveur dans le monde.

Après le G10, le G12 et le G5, on a l'ETMSA et la FIT, une nouvelle super puissance qui veut réguler et contrôler le marché.

Les mêmes arguments sont utilisés à chaque nouvelle cuvée qui vise à contrôler le marché: la promotion et l'avenir de la Fiesta.

Les résultats sont les mêmes: un escalafon sclérosé, des ganaderos asphyxiés (ils expriment d'ailleurs en off leurs inquiétudes face à cette arrivée), un spectacle qui perd en intérêt, un public qui se réduit et qui vieillit.

Mais tout va bien. 

Pour eux, l'essentiel est ailleurs.

Il parait qu'ils garantissent la promotion de la tauromachie...

 

MAESTRANZA INTERIEUR.JPG

 

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