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31/05/2015

En route pour une dynastie Victorino Martin

victorino martinPapier Midi Libre pour la Feria de Nîmes 

Fils du célèbre ganadero espagnol, Victorino Martin Garcia a déjà préparé sa succession.  

La légende est connue de tous les aficionados. Boucher et éleveur de vaches à viandes, Victorino Martin Andres part acheter cinq bœufs et trois chevaux avec ses frères au début des années 60.

Déjà chanceux, intelligent et malin, le paysan de la sierra au Nord de Madrid revient avec 150 bêtes, une finca et des droits sur un fer de purs Albaserrada, un encaste prestigieux en pleine déshérence. 

En quelques années, le « sorcier de Galapagar » retrouve par magie la caste et la bravoure perdues par ses prédécesseurs et gagne rapidement ses galons de ganadero préféré de Madrid avec la vuelta obtenue en 1969 par « Baratero ».


 La décennie suivante installe au sommet les frères Martin Andres en multipliant les trophées à Las Ventas (deux nouvelles vueltas en 1971 et 1975) et Bilbao.

En 1982, Victorino Martin est définitivement consacré comme numéro un en obtenant le seul indulto de l’histoire des arènes de Madrid avec « Belador » et la « corrida du siècle » où les trop toreros ont coupé deux oreilles chacun en pleine Feria de la San Isidro. 

Après une scission familiale réalisée en 1990, Victorino Martin conserve le fer d’origine et son frère crée la ganaderia d’Adolfo Martin avec du bétail aux caractéristiques identiques.  

Distingué en 2013 de la « Médaille d’or du mérite des beaux-arts », le « sorcier de Galapagar » intègre le Panthéon de la tauromachie au côté des plus illustres comme Ordóñez, "El Viti", Pepe Luis Vázquez, Antoñete ou Camino.

Du haut de ses 86 ans, le patriarche veille toujours d’un œil alerte sur ses superbes toros au poil gris (cardeno), aux armures aiguisées et au gabarit très caractéristique qui pâturent dans les 1600ha de ses deux fincas située en Extremadura près du fleuve Taje.

D’ailleurs, ses remarques critiques et peu diplomates peuvent toujours fuser et heurter un jeune novillero comme un torero installé qui ne saurait pas s’adapter à la charge spécifique de ses braves.  

Mais son fils a maintenant pris la direction de la ganaderia depuis plusieurs années. Victorino Martin Garcia marie parfaitement les méthodes scientifiques apprises dans son cursus de vétérinaire et approche traditionnelle qui a fait de la ganaderia une référence pour l’aficion.  

Doté d’un entregent naturel, cet ancien apoderado (de José Tomas notamment) et novillero, qui a débuté en picador à Nîmes le 20 avril 1983, s’implique activement dans le syndicat des éleveurs et maîtrise les rouages de la communication.

Le ganadero fait également fructifier l’héritage familial et les produits des 320 vaches de ventre et de la trentaine de sementals sont toujours aussi prisés par les organisateurs de corrida.

Le musée privé, situé dans la finca « Monteviejo », est d’ailleurs présent pour rappeler la régularité dans le succès de la ganaderia depuis un demi-siècle.  

Il espère même répéter l'épopée de son père avec les Albaserrada expérimentant avec les fers de Monteviejo et Urcola pour relancer l’encaste Vega-Villar en totale déconfiture. Pour redonner tout leur lustre des années 50 et 60 aux célèbres toros aux « patas blancas ».  

Au-delà de ce pari loin d’être gagné, Victorino fils reste en alerte car il est parfaitement conscient que son élevage peut subir les conséquences de la crise profonde que traversent les ganaderos.

Les succès, comme la vuelta obtenue lors de la dernière Feria de Séville maintiennent l’attrait pour ses toros et font rapidement oublier les rares échecs (solo de Talavante à Madrid en 2013).  

Mais, le nombre de corridas a diminué de moitié, le partage des recettes s’est déséquilibré en faveur des toreros au détriment des éleveurs et les coûts de production ont augmenté (entre 4500 à 5000€ par toro selon le patriarche).

Du coup, des ganaderos vendent actuellement des corridas pour un prix inférieur à celui de la viande et des fers de prestige disparaissent. 

Pour assurer la pérennité de son héritage, le dirigeant s’est ouvert cet hiver au marché sud-Américain en vendant un lot de toros au Venezuela.

Il a également confié à sa fille Pilar, également vétérinaire de formation, la gestion de la communication sur les réseaux sociaux et le développement de la marque « Victorino Martin » en se diversifiant dans le tourisme rural, les visites des toros, la vente de chevaux Lusitaniens ou encore le vin et l’ouverture d’un restaurant.

Le ganadero se félicite de la passion de sa fille et croit en son talent car il compte bien céder les rênes de la ganaderia quand elle sera prête à assumer la succession. Pour l’instant, Pilar a conscience du chemin à parcourir.

« J’ai encore beaucoup à apprendre de mon père et mon grand-père. J’ai envie d’atteindre leur niveau et ils savent valoriser ma touche féminine » conclut l’éleveuse qui rêve de faire de Victorino Martin une dynastie de ganadero.

 

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