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15/06/2015

Entretien Castella en trois volets: La San Isidro (1/3)

portrait porte 1.JPGRetrouvez pendant trois jours l'entretien complet pour Midi Libre de Sébastien Castella dans Midi Libre la semaine dernière

La Feria de Madrid marque votre retour définitif au sommet. Elle a commencé par une grande faena au cours du premier paseo qui aurait mérité une grande porte… 

C’était intrinsèquement une faena de deux oreilles.

Au cours de cette corrida, il ne se passait pas grand-chose. Le public a été certainement surpris quand est sorti ce sobrero d’El Torero. Immédiatement, il ont apprécié ma nouvelle forme de toréer qui est le fruit d’une évolution et d’une maturation.

L’estocade n’était certainement pas parfaite et le président a volontairement tardé à donner le premier trophée. Du coup, la pétition de la seconde oreille a peu duré car les mules se préparaient déjà à ramener le toro.

Les échos de cette faena face à ce toro encasté ont été très importants chez les aficionados et les professionnels.  

Ensuite est venue ces deux oreilles face à ce toro de vuelta d’Alcurrucen… 

Comme je l’ai déjà dit, j’ai touché le ciel de Madrid en toréant. C’est une chose quasiment impossible. Même avec une épée défectueuse, c’est une faena qui restera inscrite dans l’histoire.

 


 C’est une des plus belles de ma carrière, si ce n’est la plus grande.

La réaliser à Las Ventas donne ensuite une saveur et une répercussion particulières. Madrid a été témoin de cette évolution après être passé par des moments durs et des déceptions.

Ce 27 mai restera un jour magique. Pendant trois jours, j’étais aux anges et je ne trouvais pas le sommeil tellement l’adrénaline ne retombait pas.  

Comment avez-vous vécu cette faena qui va rentrer dans l’histoire ? Avec la peur de passer à côté d’un occasion en or ? 

Jabatillo était un grand toro. C’est évident car pour créer un tel niveau d’émotion, il faut s’accoupler avec un toro qui répète pendant sept ou huit passes. Mais il ne faut pas oublier que ces toros encastés dévoile les bons toreros ou peuvent te sortir des Ferias pour des années.

Si tu n’as pas la matière première, tu ne peux pas écrire une grande œuvre. Mais c’est une faena qui trouve d’abord son essence chez le torero. J’étais centré sur cette San Isidro depuis la première corrida et ce 27 mai, le Bon Dieu m’a touché avec sa baguette magique au moment idéal.

Car il ne fallait pas se rater pour ce cartel qui était le plus important de la Feria avec El Juli et Morante de la Puebla.   

Justement, vous sembliez étonnant détendu et serein dans le patio de cuadrilla avant le paseo … 

J’ai traversé pendent l’hiver des moments durs que je préfère qualifier d’expériences. Aujourd’hui, je les ai digérés, j’ai fait mon devoir en me dévouant pleinement à ma préparation.

En arrivant à Madrid, j’avais totalement confiance en moi. La peur est évidemment présente mais c’est une arène où je me sens bien. Même les imprévus ne pouvaient pas me déstabiliser.  

C’est à dire ? 

J’avais commandé un costume neuf et le « sastre » (le couturier) ne me l’a livré que 1h30 avant la corrida quelques minutes avant de m’habiller ! En allant aux arènes, mon coche de cuadrilla était bloqué dans un embouteillage.

Avec la cuadrilla, on est descendu et on a marché au pas de course dans les rues de Madrid pendant plus d’un kilomètre pour arriver à l’heure aux arènes. Comme les toreros anciens. Tout cela a contribué à me décontracter.   

Pour revenir à ces deux oreilles, le toro s’est livré rapidement pour un Alcurrucen… 

A sa sortie, il avait quelques signes désagréables pour le torero. Mais quand tu connais cette ganaderia et cet encaste, il y avait des signes qui ne trompent pas. Quand il s’est arrêté au burladero, il a mis la tête en bas et la queue en l’air.

De même, au second capotazo, quand je l’ai vraiment obligé vers le bas, j’ai immédiatement compris que le toro pouvait donner. Alors tout a commencé avec du bon toreo de cape puis le quite de Morante.   

Voir les 24.000 personnes se lever dès la première série vous a surpris ? 

C’est à la fois un moment exceptionnel et tu gardes du recul par rapport à l’ambiance. Voir Las Ventas se lever plusieurs fois dans la faena te rend très heureux. Mais, plus qu’au triomphe, tu penses à sortir toute ta tauromachie car c’est le moment de tirer les bénéfices des années de sacrifices professionnels et familiaux.

J’avais la sensation au cours de cette faena de retrouver ma jeunesse. Comme quand tu débutes et tu joues au toro. J’étais heureux en toréant dans les arènes de Madrid. En développant cette tauromachie rythmée, cadencée, pure avec beaucoup de temple et d’harmonie.

Le toreo éternel que chaque torero recherche.   

Les critiques parlent d’une œuvre digne de Guernica, de LA faena du 21ème siècle. Tous ces commentaires doivent vous remplir de fierté ? 

C’est certain que c’est une « puerta grande » à Madrid spéciale par l’émotion provoquée chez les aficionados et les répercussions chez les professionnels. C’est évident que c’est une faena très spéciale. Rare.

Voir Las Ventas imposer les deux oreilles aux palco pour cette faena malgré une estocade défectueuse veut dire beaucoup.

Après, les louanges des critiques font plaisir mais l’essentiel est de toréer comme je le ressens. De parvenir à exprimer ce que je recherche au quotidien quand je torée de salon pendant des heures.   

Avec cette 4ème grande porte à Madrid, vous égalez des toreros de légende comme Manolete ou Joselito…

Evidemment, cela signifie beaucoup pour moi. J’espère surtout que ce ne sera pas la dernière. Car, je suis là pour de nombreuses années encore si Dieu le veut et le toro me le permet.

Après quinze ans d’alternative, je suis parvenu à surprendre le public et me surprendre moi-même ce qui est un pari difficile.  

Vous espérez triompher une 5ème fois face aux Adolfo Martin, ce jeudi pour votre dernier paseo de la San Isidro ?

Si vous le permettez, je préfère parler des corridas passées plutôt que faire des pronostics sur l’avenir. Tout ce qu’on peut dire avant risque d’être faux. Simplement, je dirai que je suis totalement concentré sur cette corrida et je ferai tout pour sortir ce que me permettra le toro. Et même plus. Même si la logique veut que ce soit quasiment impossible de réaliser des faenas aussi importantes face à ces toros.

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