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16/06/2015

Entretien Castella en trois volets: Le toreo et l'avenir (3/3)

entretien sebastien castellaRetrouvez pendant trois jours l'entretien complet pour Midi Libre de Sébastien Castella dans Midi Libre la semaine dernière

1er seul contre 6 en Espagne et l’avenir…

 

Dans un entretien accordé à Midi Libre depuis votre finca, vous envisagiez organiser votre premier solo en Espagne à Vista Alegre (Madrid). Pourquoi l’organiser le 16 août au Puerto?

Il faut organiser les choses biens mais progressivement. J’ai déjà fait trois solos dans une arène de première catégorie en France mais avant de m’annoncer à Madrid, je préfère passer par une étape intermédiaire.

Le Puerto de Santamaria m’a semblé la solution adéquate car c’est une arène très importante avec une belle et longue histoire. Toutes les figuras de la tauromachie y ont torée et son public sait apprécier le bon toreo.

J’y ai triomphé au cours des trois dernières temporadas et j’avais déjà ce projet de seul contre six l’an dernier. Pour différentes raisons, nous l’avons reporté et mon nouvel apoderado a rapidement conclu un accord avec l’empresa qui était enchantée.

J’attends maintenant de découvrir l’affiche que va réaliser mon ami Lauren spécialement pour ce solo.  

 

 


Comme pour Haïti, vous allez toréer ces six toros bénévolement au profit d’une œuvre…

En effet, j’ai ressenti l’envie de faire un geste spécial pour célébrer mes quinze ans d’alternative. Je réfléchis encore pour déterminer à quelle association je reverserai les bénéfices de cette corrida. 

Pour le bétail, on imagine que vous avez tiré les enseignements de l’expérience difficile de Fandiño à Madrid qui a torée six toros d’encastes différents ?

Il peut encore y avoir des modifications mais mon idée est de toréer trois toros de Nuñez del Cuvillo et trois de Fuente Ymbro. Les deux élevages triomphateurs de Séville.

Cuvillo est un élevage qui me tient à cœur et j’avais ouvert ma troisième grande porte à Madrid face à un toro de ce fer. Quant à Fuente Ymbro, c’est  une ganaderia qui transmet beaucoup.

Elle n’est pas considérée comme un élevage dur mais ces toros sont exigeants et plein de caste. On officialisera tout d’ici le 21 juin. 

Après vos absences de l’an dernier à Bilbao et Pamplona, serez-vous présents dans les Ferias du Nord de l’Espagne ?

Je devrais toréer dans toutes les Ferias. Les choses sont déjà calées pour la San Fermin à Pamplona et je sera présent à Bilbao même s’il reste des détails à régler notamment sur les élevages que j’affronterai. J

e serai également à Santander et, normalement, à Logroño. 

Envie de retourner à Séville en septembre pour ouvrir enfin la porte des Princes ?

Non. C’est vrai qu’il reste une corrida ouverte pour la San Miguel mais ce n’est pas le bon moment. Tout arrive en temps voulu et on retournera à La Maestranza en 2016.

L’évolution du toreo

Les médias datent votre évolution de cet hiver. Pourtant l’an dernier votre toreo a connu une profonde mutation...

Je n’aime pas parler de ce sujet. Aujourd’hui, la tauromachie de Sébastien Castella est celle que le public a vu à Madrid, Séville ou Valencia. Inutile d’en dire plus ou de comparer avec le passé. Le plus important est de voir comment je torée actuellement.

Après, si un toro ne sert pas, il faut opter pour un autre type de faena. Moi, je m’entraîne au quotidien pour m’exprime sur le sable. Tant mieux si les critiques donnent un échos aussi positif qu’actuellement.

Pour sortir le meilleur de votre toreo, la qualité du toro est essentielle…

Réaliser une grande tauromachie demande une alchimie entre le travail de recherche du torero et du ganadero. La vrai bravoure n’est pas que dans le cheval. Qualifier un toro de brave, ce n’est pas aller dix ou quinze fois à la pique et s’arrêter en début de faena.

La vrai bravoure, c’est la capacité de charger trente fois avec la tête en bas et la queue en l’air. Cette capacité du toro a combattre jusqu’à son dernier souffle pour attaquer la muleta. D

es ganaderos et de nombreux toreros effectuent un travail de recherche de perfection qui est infini. Cet investissement contribue à l’évolution continuelle de la tauromachie.

Quel est l’importance du changement d’apoderado dans cette série de succès ?

Vous me connaissez parfaitement, je suis une personne renfermée, timide et ne sais pas cacher mes sentiments. Avec mon ancien apoderado, j’ai traversé une période difficile où je n’étais pas assez concentré sur ma tauromachie.

J’ai connu des changements dans ma vie, avec la construction d’une famille, qu’il a fallu assimiler et mûrir. Du coup, les résultats dans l’arène n’étaient pas au niveau espérés et des professionnels taurins (NDLR : Luis Manuel Lozano qui est parti en septembre dernier avec El Juli) n’ont pas su patienter et notre étape ensemble a pris fin.

Aujourd’hui, je me sens épanoui dans ma vie personnelle avec mon épouse et mes filles, et je touche à ce que je recherchais depuis des années dans mon toreo. Je me sens préparé pour faire face à l’avenir. Tant au niveau personnel que professionnel.

Depuis cet hiver, Manuel Martinez Erice « Chopera » vous accompagne…

J’ai eu la chance de rencontrer cette personne totalement différente de mon ancien apoderado avec une autre façon de travailler. Il dégage beaucoup de chaleur humaine, sait dédramatiser les situations de stress pour te faire sourire.

C’est essentiel de lever cette pression quand tu t’habilles de lumière. Si le travail est fait en amont, il est inutile de te rappeler la nécessite de triompher cinq minutes avant le paseo au moment où la peur et les responsabilités t’envahissent.

Tu le sais parfaitement ! En quelque sorte, Manuel est mon psychologue.

Après vos faenas de Valencia, Séville et Madrid, regagner une 3ème Oreille d’Or après avoir traversé ses épreuves serait un aboutissement ?

Franchement, l’essentiel n’est pas de terminer l’année numéro un, deux ou trois. L’important va bien au-delà d’un numéro. Mon objectif premier est d’être au sommet et de donner mon meilleur pour chaque corrida. Et de continuer à progresser course après course, d’inventer de nouveaux détails.

Pour que le jour J, on puisse mettre tous les ingrédients comme à Madrid pour en faire une faena historique. C’est déjà très difficile de le réaliser dans une arène. J’ai eu la chance de le mettre en œuvre dans la plaza la plus importante du monde, ce qui est encore plus compliqué.

Vous fêter vos 15 ans d’alternative en traversant la meilleure période de votre carrière. Envie de fêter dans une décennie votre quart de siècle de matadors de toros comme Enrique Ponce cette année ? 

Il y a quelques années, je vous disais le contraire et pensais ne pas vieillir dans les ruedos. Mon évolution personnelle et artistique m’ont conduit à raisonner différemment.

Aujourd’hui, je veux rester lucide et ne pas abuser. Mais tant que mon mental et mon physique me permettront d’exprimer le meilleur de mon toreo devant les toros, je continuerai.

En revanche, je suis une personne honnête et pure et je veux respecter la tauromachie et le toro. Le jour où je ne pourrai plus répondre aux attentes du public et à mes exigences personnelles, j’arrêterai immédiatement. 

Un dernier vœux ?

J’espère juste que pendant toute la saison, le Bon Dieu va encore me toucher souvent avec sa baguette magique. Comme à Madrid et de préférence dans les grandes arènes !

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