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05/03/2016

Le panache de Sébastien Castella pour régner sur Madrid

seb.jpgArticle Midi Libre d'hier (Photo Pierre SALIBA)

« Torero de Madrid ».

Un qualificatif que peu de matadors de toros  peuvent revendiquer tant le public de Las Ventas est exigeant, intolérant pour ne pas dire parfois injuste et sectaire.

Ainsi, la plupart des figuras préfèrent sauter l’obstacle depuis des années (José Tomas voire Enrique Ponce régulièrement) ou trouver des raisons grotesques pour justifier une impasse dans la Mecque du toreo (Morante de la Puebla sera absent en 2016 car la piste n’est pas incurvée à son goût !).


D’autres limites leur paseo (El Juli) pour qu’un échec n’ait pas trop de répercussions sur leur pouvoir économique dans les arènes secondaires. Car un échec peut

suffire pour ruiner des années d’effort pour atteindre le sommet comme Ivan Fandino en a fait l’expérience l’an dernier.

Sébastien Castella est un « torero de Madrid », le préféré de Las Ventas depuis une décennie avec Alejandro Talavante voire Miguel Angel Perera. D’autres ont eu ses grâces pendant une ou deux Ferias (Juan Mora, El Cid) mais le public madrilène s’est rapidement lassé.

Lopez Simon, auteur de trois grandes portes en 2016,  peut-il craindre de suivre le même sort ? L’avenir le dira.

Sébastien Castella, lui, a décidé de revisiter l’histoire du toreo en réalisant quatre paseos pour la prochaine San Isidro. La presse espagnole pariait sur un triplé pour la Feria mais le Biterrois avait confié en off en février à Midi Libre depuis son domicile qu’il « ferait le geste de combattre les Adolfo Martin pour une 4ème corrida ».

Les figuras d’époque se faisaient un devoir de multiplier les cartels à Madrid pour s’imposer et montrer à tous qu’ils étaient les patrons dans la plus grande Feria du monde.

Depuis de nombreuses années, les maestros ont une logique inverse en limitant leur prestation pour ne pas risquer d’égratigner leur statut.

Mais le numéro un de la temporada 2016 s’est toujours senti apprécié et « a gusto » à Las Ventas qui valorise la sincérité et la pureté de son toreo. Cette plaza a même été son camp retranché pour maintenir son statut dans des périodes difficiles.

Alors pourquoi toréer cette 4ème corrida face aux Adolfo Martin, un élevage difficile, alors qu’il est le détenteur des titres de triomphateur et de meilleure faena de la San Isidro 2015 ?

Pourquoi ne pas se limiter à la corrida la plus prestigieuse de l’année - la Beneficiencia – (avec Lopez Simon et David Mora face au Victorinano del Rio) et deux autres cartels de luxe (les Cuvillo avec Talavante et Roca Rey et les Alcurrucen avec El Juli et Garrido) ? 

La réponse du Biterrois qui débutera ce vendredi sa temporada espagnole à Castellon a fusé depuis son domicile Sévillan. « Parce que les plus grands l’ont toujours fait. Et pour gagner gros, il faut accepter de jouer ».

Un zeste d’orgueil pointe également derrière ce pari aussi beau qu’inutile, car personne n’exigeait du numéro un du toreo qu’il affronte un des élevages les plus redoutés des campos espagnols. L’an dernier, après avoir réalisé les deux meilleures faenas de la San Isidro au cours de ses deux premiers paseos, il n’avait pas réussi la passe de trois face à ces Adolfo Martin, un encaste (Albaserrada) qui lui a toujours résisté dans le passé.

« En 2015, j’ai fait l’effort mais la corrida n’avait rien permis. J’ai aussi voulu rajouter cette quatrième corrida pour montrer que je suis capable de triompher devant ce type de bétail si je touche un bon toro ».

Après deux contrats pour la Feria de Séville, des passages en Arles, Valencia et certainement Nîmes, Sébastien Castella devra affronter une pression maximale en ce début de temporada.

Mais il aime tellement jouer.

Et gagner gros…

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