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29/09/2016

Entretien complet Simon Casas pour Midi Libre de mercredi...

casas 1.JPGLa Comunidad de Madrid a officialise ce mardi que l’empresa française prendrait la direction de Las Ventas pour les quatre prochaines années, associée à Nautalia, un groupe qui pèse un milliard de chiffre d’affaires dans le  tourisme.

Votre rêve de diriger les arènes de Madrid se réalise enfin. Dans le passé, les politiques vous avez fermé les portes de Las Ventas alors que vous sembliez avoir gagné les marchés … 

La conjoncture politique espagnole a totalement changé depuis en Espagne avec tous les parties qui revendiquent l’anti-corruption et la transparence. La communidad de Madrid est dirigée par le Partido Popular mais l’ensemble des mouvements politiques, Ciudadanos, le Parti Socialiste et Podemos, siègent à son gouvernement.

L’appel d’offre de Las Ventas étant rédigé sur des critères essentiellement objectifs, le meilleur projet ne pouvait que gagner. Dès vendredi, j’étais convaincu de notre victoire car nous avons gagné sur les critères subjectifs et notre offre était supérieure sur l’ensemble des critères objectifs : le loyer des arènes, la dotation à l’école taurine, les budgets publicitaires et le prix des abonnements. 

Cette victoire représente le couronnement d’un destin depuis votre rêve d’enfance de devenir torero…

Mon existence et mes objectifs professionnels ne font qu’un. Adolescent, je suis parti de Nîmes en auto-stop, j’ai dormi comme SDF dans les rues de Madrid, j’ai été condamné à manger du pain pendant des mois.

Me retrouver à la tête de la première arène du monde après mes réussites passées, m’émeut énormément. Je suis ému car il y a toujours une juste récompense à l’effort à condition d’être capable d’y laisser sa peau.

J’ai investi toute ma vie dans la tauromachie. Au-delà de l’émotion de cette récompense, il y a aussi une émotion artistique car je suis un romantique. Avoir les arènes de Madrid est la matérialisation de toute une vie.


 

Cette victoire est aussi la réussite d’un coup de bluff où vous avez fait croire que vous ne seriez pas candidat à Las Ventas ?

Il n’existe pas de prise de pouvoir sans stratégie. Evidemment. Même des proches m’ont reproché d’avoir conservé le secret. Mais Napoléon n’a jamais prévenu quand et où il allait attaquer !

Cette tactique s’est révélée gagnante malgré la qualité de l’autre candidature composée du Mexicain Baillères, un des hommes les plus riches du monde, et l’empresa sortante José Antonio Chopera.

Cela a nécessité d’être astucieux dans ma stratégie. Au-delà de cet aspect, le gouvernement madrilène a pris en compte mon parcours car je suis au sommet de la production tauromachique en dirigeant des arènes comme Valencia, Alicante, Zaragoza ou Nîmes.

Soit celui qui gère le plus grand nombre d’arène de première catégorie tout en étant constant dans la réussite des Ferias. Enfin, je jouis du soutien unanime du milieu taurin chez les figuras, les éleveurs ou la presse spécialisée. 

Votre image de créatif a été un atout majeur dans cette victoire ?

Je représente un renouveau pour la tauromachie qui en a bien besoin actuellement. Car il faut communiquer autrement, créer des spectacles de plus grande qualité, se mettre en adéquation avec l’environnement social et, notamment les jeunes, et le milieu culturel.

Je travaille depuis des années sur le marketing et la communication car le milieu taurin a besoin d’être réformé et dépoussiéré.

Gagner Madrid, la capitale du toreo est important pour agir pour la protection de la tauromachie, être porteur de renouveau, moderniser ses méthodes et communiquer différemment sur cet art. 

Quels sont les points forts de votre offre que vos concurrents ont qualifié de folie au niveau économique ?

Les actuels dirigeants, mon ami Manuel Martinez Erice et son père, reconnaissent qu’ils ont perdu des milliers d’abonnés depuis dix ans. 

La vrai question est de savoir si perdre des abonnements à Madrid est une fatalité ?

Nous sommes convaincus du contraire car on peut attirer plus de public avec un marketing adapté. Ce n’est pas de l’argent dépensé inconsciemment mais un investissement pour l’avenir.

Par exemple, il n’y avait aucune  réduction pour les abonnés de la San Isidro. Dès 2017, ils bénéficieront d’une baisse de 10% sur leurs abonnements et la réduction sera portée à 20% pour la feria d’automne.

Cela favorise l’achat des places et on va le conjuguer avec des budgets importants en terme de communication et d’évènementiels à hauteur de trois millions d’euros. Mieux on communique sur son produit, mieux on le vend. 


Justement, l’essentiel de l’offre pour les aficionados réside dans les cartels…

Si on ne sait jamais le résultat d’une corrida à l’avance, car ce n’est pas une science exacte, la qualité des cartels est un effet d’annonce essentiel. Or, il était de notoriété publique que seulement six à huit cartels de haut niveau étaient programmés pendant le mois de San Isdidro.

Dans ce domaine également, nous allons investir pour faire le double de cartel de catégorie. La conjugaison de l’ensemble de ces investissements visent à gagner 100 000 entrées supplémentaires dès 2017.

A 40 euros de moyenne par billet, on prévoit donc quatre millions d’euros de chiffres d’affaires supplémentaire. Soit une somme nettement supérieure à l’offre réalisée. Quand notre concurrent qualifie notre projet de folie, il n’intègre pas la possibilité d’opter pour une autre méthode de travail et de communication.

Enfin, on ne s’interdit pas d’organiser d’autres types de spectacles, comme le permet le cahier des charges, ce qui était négligé par notre prédécesseur.

 

Toutes ces intentions sont louables mais multiplier des cartels de figuras à Madrid est difficile car certains refusent d’y venir (José Tomas, Ponce et Morante cette année) ou s’y produisent à minima ?

La caractéristique de Simon Casas Production est de donner envie au torero de faire des choses qu’ils ne font pas dans d’autres arènes. Je ne peux dire si José Tomas fera le paseo à Madrid ou pas, mais je suis l’organisateur qui l’a programmé le plus de fois ces dernières années.

Et, parfois, de façon exceptionnelle comme pour les six toros à Nîmes. J’ai toujours fait des programmations assez inédites et originales. Mes productions se sont toujours distinguées par la qualité et l’originalité des cartels. Je veux imposer cette marque de fabrique à Madrid.

Il faut aborder cette étape avec humilité et modestie, mais, surtout, avec beaucoup d’ambition.

Autre problématique de Madrid, les corridas du dimanche hors Feria où les arènes sont vides. Quels sont vos projets sur le sujet ?

Nous avons obligation de maintenir un spectacle hebdomadaire pendant la « temporada ordinaire ». Mais nous aurons un traitement totalement différent avec mon associé Nautalia qui est une grande agence de voyage.

Tous les jeudis, vendredis et samedis du mois de juillet, nous organiserons un spectacle taurin nocturne dans les arènes avec des animations ludiques. On va reprendre ces concepts empruntés au sport et à l’art pour l’appliquer à la tauromachie et offrir un bon moment au spectateur. 

Par exemple, organiser un concours de novillero qui serait télévisé en direct grâce à mes bonnes relations avec Movistar +, l’écran du toreo. C’est vrai qu’en août l’essentiel des spectateurs sont des asiatiques.

Mais, mon associé saura communiquer et augmenter ce volume de touristes pour mieux remplir Las Ventas l’été. La conjugaison de tous ces investissements et de ces évolutions de gestion expliquent donc le montant de l’offre réalisée. 

Pour revenir sur l’aspect taurin, un débat anime l’aficion entre les tenants du « toro de Madrid » et ceux qui critiquent un extrait de trapio qui nuisent parfois à la qualité du spectacle…

On a prévu une relation très étroite avec les abonnés de Las Ventas pour reconnaître la légitimité de leurs revendications. A savoir, lidier un toro sérieux et assurer la prise de risque à Madrid. On partage cette conviction.

Mais, il ne faut pas sortir des mastodontes à la place d’un véritable toro de combat, en les sortant de leur type. Les effets sont désastreux car il faut voir dix corridas pour assister à une bonne faena à Madrid. Il faut établir un dialogue et une relation de confiance avec le public car on partage la même passion.

Pour déterminer si le type de toro est le bon ? S’il faut continuer à organiser des novilladas avec du bétail proche du toro ce qui conduit quasiment chaque fois un novillero à l’infirmerie ?

Si on veut protéger la tauromachie, il faut s’adapter à la situation actuelle. Et les réformes, on ne les fait pas à coup de 49.3 mais en dialoguant. 

Etablir un dialogue avec le très exigeant Tendido 7 est-il réaliste car ils sont têtus ?

Ce sont des passionnés comme tous les ultras. Je l’ai déjà réalisé dans le passé et ils savent détecter la passion qui m’habite. Chaque fois que nous avons débattu ensemble, cela s’est toujours très bien passé.

Pourquoi ? La passion et l’investissement de toute ma vie pour la tauromachie.

Ils ont certainement moins d’a priori contre moi que pour les hommes d’affaires traditionnels qui ont géré Madrid dans le passé. Certains ont privilégié la spéculation financière à l’amour de l’art tauromachique.

Quels sont vos objectifs à court terme ?

Je veux récupérer  3000 des 6000 abonnements perdus dès la première année. Nous avons travaillé avec mon associé Nautalia sur le marketing en s’entourant des meilleurs spécialistes.

J’ai une ambition optimale pour les arènes de Madrid car le destin de la tauromachie dépend de celui de Las Ventas. 

Un Français à la tête des arènes de Madrid est également une reconnaissance pour la tauromachie française…

Quand nous avions ce rêve de devenir torero avec Alain Montcouquiol Nimeno I, tout le monde pensait que c’était impossible. Depuis, les matadors français ont montré leur talent. Mais c’est un signe que la plus grande arène du monde soit dirigée par un Français.

A Madrid, il y a deux Français. Zidane au Real de Madrid et Casas à Las Ventas. Ce n’est pas rien et cela me rend heureux.

Vous reprochiez au Mexicain Baillères de vouloir constituer un monopole s’il gagnait le concours de Madrid. On pourrait vous retourner cette critique maintenant…

Il est exact que je suis en position de leader absolu sur le marché taurin. Mais c’est le leadership de la passion car l’argent n’a jamais été une motivation dans ma vie. Enfant, je n’ai pas appris grand chose à l’école.

J’ai triplé ma 6ème, redoublé ma 11ème mais une leçon de mon instituteur m’a marqué pour la vie. Il nous avait parlé de Bernard Palissy, l’inventeur de la poterie de terre émaillée. Il avait besoin du feu pour inventer son produit. Et il a brûlé ses propres meubles !

J’avais trouvé cela fabuleux de brûler tous ses biens pour réaliser son rêve. Et je l’ai appliqué toute ma vie. Je n’ai jamais hésité au moment d’investir ou de prendre des risque et je continuerai à la faire. Car je ne suis pas animé par la capitalisation mais par l’espoir, le rêve, le combat, la constance.

Bref, la passion. 

Les aficionados Nîmois peuvent-ils craindre un éloignement de Simon Casas de sa citadelle avec ces responsabilités madrilènes. Avec des programmes moins créatifs ?

Les cartels de Nîmes se sont toujours faits au centre de l’activité tauromachique à Madrid et Séville. Personne ne doit s’inquiéter pour l’avenir de Nîmes.

Au contraire.

Car mon souhait est de m’appuyer sur ma position dominante dans le monde taurin pour en faire profiter le public Nîmois. De même, les actions que nous mènerons avec mon associé voyagiste profitera également pour attirer du public à Nîmes.

Stéphan GUIN.

 

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