Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19/10/2016

Retour sur 3 jours à Zaragoza, samedi : Des émotions débordantes et plein de souvenirs photos...

DSC_6673.JPG

Samedi 15 octobre.

Feria du Pilar. Zaragoza

No Hay billettes

Toros de Núñez del Cuvillo et un sobrero de Garcigrande (3bis) 

Juan José Padilla : blessure et oreille avec très forte pétition de la seconde

Morante de la Puebla : silence (toro de Padilla), bronca de gala et oreille

Alejandro Talavante : oreille avec pétition de la seconde et oreille avec pétition de la seconde 

Quelle belle aficion possède Zaragoza avec trois no hay billetes dans la journée pour assister à la corrida et aux deux spectacles populaires matinaux et nocturnes.

35.000 spectateurs poussant les portes de la Misericordia dans la journée était la meilleure réponse à quelques antis taurins venus manifestés en début de Feria.

Plutôt qu’insulter les antis, ou critiquer les médias qui informent (mon Dieu quelle horreur !) sur une manifestation, l’aficion française devrait prendre exemple et remplir les arènes pour les corridas, les novilladas ou les becerradas.

Tant qu’il y aura des no hay billetes pour les Ferias, la Fiesta ne sera guère en danger d’autant que de nombreuses personnes font un travail juridique et de lobbying remarquable (F.Zumbiehll, A.Viard, G.François, F.Wolff…).


 

Cet engouement est la meilleure preuve de l’intégration culturelle du toro en Aragon avec ce public familial.

D’ailleurs, cette Feria du Pilar est un beau succès pour l’empresa Simon Casas qui a enregistré 131.000 entrées soit 10% de plus qu’en 2015 et 20% de plus que 2014.

Comme quoi, la baisse de la fréquentation dans les arènes n’est pas une fatalité et avec un peu de créativité, de communication et d’ambition dans une terre d’aficion, le public sait répondre présent.

Pourtant, le Pilar est traditionnellement handicapé par l’absence de torero qui préfère couper la temporada pour anticiper leurs vacances (Juli, Castella) ou de blessés des dernières semaines (Roca Rey, Escribano).

Au niveau artistique, l’édition 2016 du Pilar a été un succès fondé sur une prestation magistrale de Ponce mercredi devant un Juan Pedro Domecq et donc cette corrida de Núñez del Cuvillo samedi.

Un lot de Cuvillo, certes moins complet que celui des Vendanges à Nîmes, primé par les critiques taurins, mais avec deux toros de très bonnes notes (les deux de Talavante). Et le dernier exceptionnel qui aurait mérité une vuelta posthume.

Corrida extraordinaire et riche en émotions, disait-on en titre ?

Quand Juan José Padilla, brindait son premier toro via Toro TV au petit Adrian en reprenant les propos de Cayetano envers les anti-taurins (« je suis prêt à perdre ma vie pour les toros ») avant de s’agenouiller à Porta Gayola.

Sur la scène où le Cyclone de Jerez est devenu Pirate, l’arène a été immédiatement glacée par un parfum de tragédie. Avec un Cuvillo qui met un tampon monumental à Padilla. Le torero groggy se relevait après avoir évité le pire (le toro a planté la corne sur l’orbite de son œil blessé) avant de regagner l’infirmerie.

La corrida se transformant en mano a mano entre Morante et Talavante.

Après avoir offert quelques détails sur le toro violent de Padilla, Morante s’est réservé une bronca dont il a le secret devant son premier adversaire. Refusant d’entamer les hostilités à la cape, il fait détruire ce sobrero de Garcigrande à la pique.

Un petit sourire échangé à son mozo et Morante débute sa faena avec l’espada pour placer immédiatement son toro et finir difficilement sous une bronca de gala.

Sacré Morante.

Un génie qui réalise ce genre de performance très –trop- souvent cette temporada.

Mais un sacré génie comme il l’a encore prouvé face à son dernier Cuvillo.

Entendant directement son toro aux planches sous les hués du public, Morante a immédiatement retourné la Misericordia et fait rugir les 10.000 spectateurs en débutant par  une revolera avant d’enchainer avec ces veroniques d’une puissance, d’un engagement et d’une profondeur stupéfiantes.

Le menton rentré dans la poitrine.

10.000 spectateurs debout en six passes.

Morante est unique.

Parfois énervant, mais unique.

Le torero de la Puebla poursuivra son récital par un quite par chicuelinas après que Talavante ne lui ait brulé la politesse en dessinant quelques delanteras.

La faena était également remplie de toreria de l’entame jusqu’à la mise en suerte finale.

Deux séries de derechazos extraordinaires au rythme soyeux ont donné le ton.

Progressivement, le toro s’est mis sur la défensive, mais Morante a encore offert quelques détails de son toreo en provoquant la charge avant de terminer d’une estocade sincère.

Une oreille d’un poids énorme et un public conquis par la réaction du maestro.

Alejandro Talavante a réalisé une prestation de très haut niveau qui lui a offert le Prix de triomphateur de la Feria du Pilar.

Une oreille à chaque toro avec pétition de la seconde.

Mais Zaragoza souhaite visiblement brandir son rang d’arènes de 1ère catégorie comme un étendard en se montrant aussi exigeante que Bilbao ou Madrid.

Légitime exigence.

Ce qui n’enlève rien à l’impression laissé par Talavante avec un toreo de cape classique et templé face à ses deux Cuvillo et un quite par gaoneras engagées face au premier.

Devant ce toro noble et collaborateur, Talavante a réalisé une faena exemplaire construite autour de quatre séries de naturelles de belles factures, un tanda droitière et des manoletinas de conclusion.

Avec une estocade spectaculaire et fulminante pour terminer. Difficile de faire mieux.

Dans un autre style, Talavante brillera à nouveau face à son second Cuvillo, un toro porté par la caste et la profondeur de sa charge.

Début par Arruzina au centre du ruedo suivi de deux nouvelles séries de la gauche au rythme parfait. Deux séries de la droite, quelques inspirations personnelles (nouvelle arruzina, cambiada improvisée en recours de la gauche) ne suffiront pas pour couper les deux oreilles synonymes de puerta grande. La faute à une épée tendida.

Ensuite, la Misericordia, et son toit quasiment couvert, s’est transformée en chaudron digne d’un stade de foot un jour de Champions league.

Sortant de l’infirmerie avant son 6ème toro, l’idole locale, au bord des larmes, est accueillie par 10.000 spectateurs qui hurlent « Padilla ! Padilla ! ».

L’histoire devant bien finir.

Le Pirate touche un grand toro de Cuvillo. Chauffé à blanc, Padilla débute par 4 largas cambiadas dans une ambiance folle où la température est encore montée de quelques dizaines de degrés.

Un moment d’émotion vous disait-on ?

Tout une arène rentre avec le torero dans une autre dimension où les canons de la tauromachie, la technique, sont oubliés pour partager la joie, la folie, la passion d’un torero différent mais qui impose un tel respect.

Très élégant, Morante lui sort le toro de la pique pour le préserver et se refuse à réaliser un quite pour laisser seul son compère profiter de ce moment à la fois irrationnel et très intime.

Au terme du tercio de banderilles, un second couplet de « Padilla » « Padilla » est, à nouveau, entamé par le public.

Une ambiance incroyable, jamais vécu personnellement dans une arène.

Un toro d’exception par sa bravoure, sa classe et sa profondeur. Le torero de Jerez entretien immédiatement la flamme en débutant à genoux avant de réaliser six séries très honorables des deux mains devant un public toujours plus chaud qui criait « Padilla, Padilla, maravilla » pendant la majorité de la faena.

Après une fin Padillesque avec des desplante à genoux, une grande épée, la folie était totale et seul le palco a manqué de sensibilité pour valoriser à sa juste valeur ce moment exceptionnel.

L’exigence ne devrait pas faire oublier le bon sens et la magie parfois…

Car cette lidia dépassait largement la capacité à toréer avec une demi-muleta ou ralentir un peu plus la charge du toro.

Un palco insensible qui a réalisé l’exploit de recevoir une bronca bien plus fort encore que celle de Morante.

Une corrida tellement exceptionnelle à vivre en live par ses émotions qu’on aurait aimé voir sortir les trois toreros a hombros. En dépit des règlements taurins.

Avec trois toreros aux styles si différents. Mais trois maestros si exceptionnels. Le tout en direct sur ToroTV.

Viva la Fiesta ! Viva los toros !

DSC_6682.JPG

DSC_6855.JPG

DSC_6868.JPG

DSC_6873.JPG

DSC_6676.JPG

DSC_6887.JPG

DSC_6698.JPG

DSC_6700.JPG

DSC_6713.JPG

 

DSC_6717.JPG

DSC_6722.JPG

DSC_6727.JPG

DSC_6731.JPG

DSC_6775.JPG

DSC_6786.JPG

DSC_6793.JPG

DSC_6800.JPG

DSC_6889.JPG

DSC_6891.JPG

DSC_6903.JPG

DSC_6918.JPG

DSC_6940.JPG

DSC_6946.JPG

Les commentaires sont fermés.